Crepuscule-Road

I'm Running Away

le 24/08/2008 à 21h52


oOo Music oOo


"Et je cours, je me raccroche à la vie, je me soule avec le bruit..."

Début de soirée. Aout 2008.

La lumière décroit doucement,un rayon de soleil timide mêlé de pluie fine filtre à travers les arbres, le ciel sombre et nuageux prend une teinte rose-orangée légerement nuancée de bleu clair...

Je suis assise sur mon balcon,pieds nus, la guitare sur les genoux, le vent fait plier les feuilles de l'érable en face de ma fenêtre et malgré le temps,malgré le vent, ça sent bon l'été... 

Pas une voiture ne passe dans la rue, le silence n'est troublé que par le bruit de la pluie et celui de mes doigts sur les cordes que j'effleure à peine...Ca ne ressemble pas à grand chose ce que je joue, mais je m'en moque, ça sonne doux à mes oreilles, harmonique...

Je murmure tout doucement un air inventé lui aussi...Les yeux fermés, comme seule au monde. Mon pouce glisse doucement de la première à la dernière corde...
Je joue sans penser à rien d'autre, j'oublie tout...Tout ce qui va, tout ce qui ne va pas...

Plus rien n'existe d'autre que cette musique un peu guimauve, un peu facile,mais qui m'envoute dans la saveur fraiche de ce début de soirée, cette harmonie qui me prend doucement l'esprit du bout des doigts pour l'envoyer ailleurs...Qui endort la réalité pendant quelques instants, anésthésie le monde réel pour m'en faire découvrir un autre qui n'existe que dans ces quelques notes et dans l'éphemere de cet instant...

Alors je m'y accroche, je suis un chemin invisible, ensoleillé, clair, vide et beau, je le suis autant que je peux, l'effleurant à peine,essayant de chasser les bruits alentours, la voiture qui vient de passer, le téléphone qui sonne chez quelqu'un d'autre...Je frôle l'éphemère, je m'égare un court instant, je perds la notion du temps...

Je ne joue même plus mais j'entends toujours la musique...

Je me suis endormie pendant une heure sur le balcon ce soir là...Quand je me suis réveillée il faisait déjà presque nuit...

S'endormir après avoir rêvé...Voilà à quoi devrait ressembler la vie...


oOo Music oOo

4 jours.

4 jours, coincés entre deux feux,coincés entre une semaine et une autre, entre vacances et travail,entre beau et mauvais temps...

4 jours entre une descente de train avec une ptite boule au ventre pour toi comme pour moi, et une remontée dans l'autre sens le coeur un peu lourd...Un passage sur un pont sans vraiment s'en rendre compte la première fois et un deuxième passage sur ce même pont en n'ayant pas envie de le retraverser...
4 jours un peu comme hors du temps avec presque aucune intrusion du monde extérieur si ce n'est cet extrait de JT projeté par une télé muette dans un vieux bar qui passait du jazz...

On en ferait un film, on ne pourrait pas tout à fait le dater, aucun détail ne marquait vraiment l'époque après tout...A la rigueur on en ferait une vieille histoire remplie d'incohérences (comme celles de "Nos 18 ans" avec ses sacs East-Pak et ses Twingo^^)

Une bulle bien fermée des 2 côtés, avec à l'intérieur les évênements qui s'enchainent et un temps comme distortionné...Des journées qui passent trop vite, les heures qui les composent aussi ("déja 4h du mat, comment c'est possible ?")

C'est marrant j'ai l'impression d'avoir vécu dans une parenthèse pendant ces quelques jours, et de mettre le nez dehors ce matin ça m'a laissé une sensation bizarre, comme si même au dela du ciel devenu gris, les choses n'avaient plus la même couleur.

Ces 4 jours ont été tellement remplis de tout, que c'est un peu emmêlé dans mon esprit, alors les moments ne reviennent pas forcément dans l'ordre...

Ca commence par cette musique de Ricky Lee Jones, "On saturday afternoons 1963", musique d'un certain film...5 amis à genoux sous la pluie,et ces quelques notes en fond...J'étais touchée, toi aussi je pense puisque la première chose qu'on s'est dite en sortant de la salle de ciné, c'est qu'il fallait qu'on le trouve ce morceau.
(Enfin non c'est la deuxieme chose qu'on s'est dite, la première c'était "Beurk c'est quoi cet insecte immense ?!!"^^)

Pas d'ordre précis..Alors ce qui me vient ensuite c'est le visionnage de "My Girl" en mangeant des fraises Tagada, j'avais beau avoir vu ce film environ 200 fois, cette fois là avait une saveur différente et particulière (celle des fraises ?^^), peut être parce que je nous voyais à la fois devant et à l'intérieur de l'écran...Peut etre aussi parce que j'avais envie qu'il te plaise comme il me plait

Toujours en vrac jrepense à cette soirée sur les berges du Rhône, assis tous les deux sur ce petit ponton à minuit, seuls au monde avec les lumières de la ville au loin, les mains posées sur le bois frais, et ton portable qui murmure les notes de "Je t'écris" uniquement pour nous...

Et puis...

Cette chaleur persistante en fil rouge, "Mourir demain" chanté en gueulant sur mon canapé, tes discussions passionnantes avec mon ventilateur...Mon coca explosé sur le carrelage de ce restaurant trop chic pour nous,nos ballades nocturnes et notre retour à 1h du mat en suivant les rails du tram pour ne pas se perdre...Les petits dejeuners avec ce fichu Nesquick qui ne fondait pas dans le lait froid, la vue magnifique du haut de la grande roue (une fois que j'ai arrêté d'avoir peur d'être dedans^^), notre excursion sur le "chemin de traverse" (qui ressemblait plus à un quartier de prostituées qu'à un endroit extrait de l'univers d'Harry Potter à vrai dire ^^), toutes ces petites manies qui nous sont similaires...Nos parties de poker online longues de 3h même si on a pas été fichus d'en gagner une seule, les gouters sur cette table en bois bancale à la Brioche Dorée, la poésie magique de Wall-E, la musique du manège de la tête d'or...Et puis la pluie et le ciel sombre après notre visite chez la voyante, la lecture de tes écrits de jeunesse...Et puis tant d'autres chose qu'on pourrait rajouter à cette liste déja longue...

Mais c'est impossible de parler de tout, et puis comme ça, ça nous laissera des petites bribes de souvenirs qui reviendront de temps en temps nous chatouiller l'esprit, et qui viendront nous rappeler avec le temps ces 4 petits jours ou tout se jouait juste entre nous, notre musique, nos films, et nos univers si similaires...

On n'aura pas vu tous les films qu'on voulait voir, on n'aura pas mangé ces choses qu'on avait achetées pour les gouter ensembles, on n'aura même pas savouré de pailles à la fraise comme prévu...On n'aura pas gagné de partie de poker, pas eu le temps de faire une partie complète de Docteur Maboul...Le temps aura manqué...Mais pour celui qu'on nous a accordé, je trouve qu'on l'a plutôt bien rempli...Et moi non plus hier je n'avais pas envie que tu le repasses ce pont qu'on avait vu la veille de loin en écoutant "Je t'écris".

J'ai mis ton petit cadeau sur ma table de chevet. Il y a dessus cette fameuse dernière phrase qui dit "L'amitié c'est un oiseau libre qui ne s'envole pas parce qu'il se sent bien".
Si j'avais été un oiseau, je serais bien restée au sol encore quelques temps en ta compagnie... :)

oOo Saturdays afternoon in 1963 oOo

 

Je viens de retomber sur "ce vieil article" et de réécouter au passage "cette chanson", qui forcément ne résonne jamais mieux en moi que lorsque je l'écoute avec sous les yeux ces quelques mots écrits un soir de Novembre il y a presque 2 ans...Le soir ou je l'ai découverte...

2 ans que ces quelques notes font partie de ma vie...Et je crois qu'il n'y a pas beaucoup de chansons au monde qui me font ce petit effet particulier...A vrai dire, de cette façon bien spéciale, il n'y en a aucune autre...

Alors juste une piqure de rappel pour ceux qui ne la connaissent pas encore, et une simple réecoute pour ceux qui la connaissaient déja :)

Hush - A Lifetime

Every single morning before I wake up lonely
I feel you here beside me but I know it’s only
a fading shadow, an illusion
every little thing reminds me of you
every shining colour has a shade of you in it
I was blind but now I see it

If I could only have a day
in the shelter of your arms
or just an hour, I would pay
any price to be where you are
and if it got down to a minute
that’d be precious time
‘cause a second’s all I need to tell you
losing you is gonna take a life time for me

Every other night I still dream about you
every song I hear has a sound of you in it
and I can’t believe that it’s over
there were many things that I should have told you
and there were many times when I could have done so
but I know baby that it’s too late

If I could only rearrange the hands of time
I’d make it up to you, I’d make you change your mind

 

 

Destiny

le 20/07/2008 à 14h32


oOo Music oOo

"Si l'homme est maître de son destin, il ne l'est cependant pas des chemins qui l'y mènent"

Hier soir, alors que je revenais d'une soirée très sympa, un feu d'artifice au loin, a éclairé le ciel de notre route...

Je n'en n'avais jamais vu un de cette façon, c'était vraiment beau et irréel...Des explosions lumineuses et colorées pour accompagner cette virée en musique, fenêtres ouvertes, avec le vent frais d'une fin de soirée d'été qui pénètrait à l'intérieur de l'habitacle...

Le feu nous a suivi à peine quelques minutes, avant de disparaitre complètement derrière nous...
Le ciel est grand, mais visiblement il n'est pas complètement le même partout...

Pourtant, c'est marrant, il y a une chose qui ne nous a pas quitté du voyage, c'est cette étoile fixée au ciel sur ma gauche, a quelques encablures de voute celeste de la lune...
Elle n'a pas changé de place, tout du long, comme si elle était fixée a quelque chose d'invisible et que c'était simplement le ciel qui tournait autour d'elle..

Je me suis dit amusée, que ça devait être ma bonne étoile...

"Bonne étoile", cette idée correspond parfaitement à une vision de la vie que j'affectionne.

 
J'ai cette conviction depuis toujours, peut être un peu idéaliste et naive que quelque chose au dessus de moi me protège et me guide vers certaines choses plutôt que d'autres...

De nombreuses personnes autour de moi, très carthésiènnes, pensent qu'on est maîtres de nos vies, que le destin est une pure invention humaine et que notre avenir est uniquement entre nos mains...Qu'on en fait absolument ce qu'on veut.

Ces personnes pensent que croire au destin c'est comme vivre en portant un sac en papier sur la tête avec juste 2 trous pour les yeux, c'est limiter sa vision du monde en attendant que les choses "écrites" se produisent... 

Je n'ai jamais réussi à être d'accord avec cette idée. Trop de choses m'ont toujours démontré le contraire...Croire au destin ce n'est pas se fermer au monde, ce n'est pas éliminer son propre rôle dans les choses qui nous arrivent, c'est simplement composer avec elles... 

Et ce début d'année ne cesse de me conforter dans ce choix...Me prouve que parfois certaines choses doivent arriver, et que si on essaie à tout prix de les empêcher, le destin nous remet sur la bonne voie, timidement, et discrètement, mais il le fait...

Quand j'ai décidé de partir aux Etats-Unis il y a un peu plus d'un an maintenant, dès le début absolument tout les éléments se sont ligués contre ce projet, rien ne marchait que ce soit une simple photocopieuse pour imprimer un dossier, un photomaton qui me sort des photos complètement floues, ou un bus en grêve le jour d'un entretien...
Pourtant j'ai insisté, j'ai ignoré tous les petits signes qui me criaient de ne pas partir, j'ai trouvé une autre photocopieuse, j'ai refait des photos ailleurs, j'ai pris le métro (^^) je suis passée au dessus de toutes les annulations, les doutes, les ratages d'avion, les soucis de santé...J'ai insisité, insisté de toutes mes forces, jusqu'à réussir...

Je suis partie,je l'ai fait, et j'étais fière de moi...

Pourtant, alors que j'avais enfin réussi, alors que j'avais enfin passé ce que je pensais être le "test" qui devait servir à mesurer ma motivation, ces simples petits signes cumulés ont cédé la place à d'autres, ceux qui se font plus rares, ceux qui ne se montrent que lorsqu'on prend une voie qui va inévitablement empêcher d'autres choses d'arriver, quand on prend une voie qui n'est vraiment pas la bonne, ceux qu'on ne peut même plus appeler des signes mais des "ordres" : on m'a forcé à rentrer...

Je n'étais plus face à mes propres choix, j'étais confrontée à des choses sur lesquelles je n'avais même pas mon mot à dire, le pouvoir avait changé de camp...

Je ne devais pas rester là bas, j'en ai la conviction aujourd'hui, même si à l'époque ça m'a fait mal. Et je suis certaine qu'après tout ce que j'avais réussi à contourner, mon destin a été forcé de prendre des chemins plus radicaux pour m'obliger à suivre la bonne voie.

Ce n'est pas un hasard si je me trouve aujourd'hui la ou je suis...Certaines choses arrivent, des petits hasards, des coincidences, qui me donnent l'impression que je ne suis pas rentrée pour rien...

J'me souviens à l'époque ou rien ne marchait, j'ai pensé un peu bêtement que c'était pas possible, que mon avion allait s'écraser, ou bien que New York allait vivre des drames cette année et qu'il fallait que j'échappe à ça...

Et puis avec le temps, je me dis que peut être rien de tout ça n'est prévu,que rien de si grave n'attends cette ville, que peut être le vrai problème ce n'est pas que je ne devais pas être là bas, mais simplement que je devais "être ici".

Ce qui est drôle c'est que j'étais partie loin pour fuir mon avenir, j'avais sauté à pieds joints dans la facilité d'échapper à ces interrogations qui me bouffaient la vie, j'avais décidé d'arrêter de chercher ce qui ferait mon futur, c'était tellement plus facile de tout mettre sur pause pendant un an et de se dire "On verra après".

Et au final ce que je fuyais m'a rattrapé...

Je crois au destin. Du plus profond de mon âme, tout comme je crois au sens caché derrière les petites choses du quotidien, tout comme je crois aux signes, à ces livres qu'on ne lit pas sans raison, à ces chansons qui ne passent pas par hasard à la radio, à ces personnes qu'on ne rencontre pas par hasard...

Et c'est peut être trop dur à concevoir pour un carthésien, mais c'est ce qui me fait avancer tous les jours, ça ne fait de mal à personne, ça me fait juste du bien à moi...
C'est ça au final ma religion...A défaut de croire en un dieu dont les principes ne me convaincront jamais, je crois en une immatérialité que je ne controlerais probablement jamais non plus mais qui m'aide à me sentir vivante...Je m'autorise à vivre dans un univers indécis ou tout est encore succeptible d'arriver et dont l'espoir est le moteur...

Jean de la Fontaine (qui n'écrivait pas que sur des animaux^^) a écrit un jour cette phrase qui m'avait marqué :

"On rencontre bien souvent sa destinée par les chemins qu'on avait pris pour l'éviter"

C'est tellement vrai.

Et j'ai cette étrange impression que je suis sur le point de rencontrer la mienne...

Somewhere...

le 17/07/2008 à 23h20


oOo Click Here For Some Music oOo

Ce soir la, une sorte de voile glacial épousait les lumières de la ville à la perfection...J'avais les yeux qui pleuraient tout seuls et des mains bleuies par le froid, bien calées au fond de mes poches.

Je me rappelle encore précisément du moment ou cette photo a été prise...
Ce qui me frappe encore aujourd'hui c'est la netteté de cette image...

Si on s'attache à bien regarder, on distingue même ces endroits un peu effacés de la rambarde en métal, là ou tant de mains avaient du se poser avant les notres pour admirer la magie...

Quand je me replonge dans cette pénombre colorée, j'ai l'impression d'être à nouveau sur ce ponton de bois, face à une baie new yorkaise pleine de promesses, le vent glacé, la nuque coincée même sans le moindre torticolis, admirative et ébahie à la fois...

Heureuse et glacée...Je crois que c'est simplement comme ça qu'on pouvait résumer mon état ce soir de 19 février 2008...

Des images remontent doucement...La patinoire animée du Rockfeller Center, le doux «What a wonderful world» en fond sonore pour accompagner ces quelques silhouettes filant sur la glace, les calèches devant Central Park, les taxis jaunes ponctuant les routes de petits points de lumière, les publicités larges et claires innondant Time Square...

Souvent un endroit est décrit d'une façon complètement étonnante et belle dans les films et déçoit dans la réalité. Les rares fois ou j'ai visité Paris, j'ai été déçue par cette ville...Le gris, le béton, la pollution, les gens tristes, les visages fermés et le manque d'ouverture...
L'absence de réelle beauté qui marque et donne envie de revenir...

New York c'était tout l'inverse...Une ville qui tient ses promesses, une ville si belle que les images, les films et les chansons ne l'embellissent même pas, ne la subliment pas...Ils se contentent de refléter cette réalité qui frappe au visage dès l'instant ou vos pieds se posent sur ce sol.

Un sol qui en lui même est déjà particulier...Gris clair,fissuré mais solide, un sol qui a tellement vécu mais qui pourtant tient toujours...Et simplement du fait de le fouler à votre tour, vous vous sentez solidement fixé au monde..Vous vous sentez vivants...

Il paraît que beaucoup de ceux qui ont connu cette ville furtivement en sont tombés amoureux et n'ont jamais pu l'oublier...Parfois un peu bêtement je me surprend à repenser à New York comme on repense à quelqu'un qui nous manque...
L'atmosphère toute entière de cet endroit me revient alors, et même si je n'ai été qu'une furtive habitante de ce monde, je ressens ce vide idiot impossible à combler...Comme dit si bien la chanson "New York is a woman she'll make you cry, and to her you're just another guy" (à simplement transposer au masculin^^)

Alors défaut de retourner là bas matériellement, j'y reviens en pensée...

Je me souviens m'être dit, quand je marchais dans ces rues, quand je pénetrais dans ces boutiques ou ces restaurants à la mode, quand j'écoutais ces gens parler dans toutes les langues du monde,que New York n'appartenait à personne et pourtant vous donnait l'impression de n'être la que pour vous...

La bas, on ne sent pas en territoire américain, on ne se sent pas intrus chez quelqu'un d'autre, on se sent simplement partie intégrante d'un endroit qui pourrait être à soi, la cabane secrète qu'on se construit au fond du jardin, ce monde qu'on s'invente quand on a 10 ans et qui n'existe alors que dans nos rêves...

Et juste, on se sent simple membre modeste de cet univers qui file à 2000 à l'heure, on est happés par cette énergie ambiante, noyés sous ces lumières qui défilent, on a le vertige, on a le ventre noué, on est heureux et paumé à la fois...On lève la tête vers un ciel a qui la pénombre est presque interdite, et on se sent tout petit, minuscule...C'est juste magique et indescriptible...


Le moment ou cette photo a été prise donc...

Il ne devait pas être plus de 21h30 mais la nuit et le froid avaient déjà recouvert la Big Apple depuis 3 bonnes heures, il faisait 1 ou 2 degrés à l'extérieur,pas plus, et le mini van qui nous menait à travers les enchevêtrements d'avenues venait de dépasser le pont de Brooklyn.

Le guide, a la carrure imposante, la quarantaine, cheveux grisonnants, ce petit air de Samuel L Jackson, la voix chaude et réconfortante continuait de nous déclamer la beauté de cet endroit dont il se sentait lui aussi membre à part entière...Nous décrivait ses petites habitudes, son marchand de Hot Dog préféré à l'angle de la 36ème avenue, la grande parade de noël annuelle sur la 34eme, avec le «vrai père noel» comme dans le film «Miracle sur la 34eme rue»...
Les yeux collés au carreau, je buvais ses paroles...

On avait déjà pris du retard sur les visites, et Ground Zero, témoin vide du drame du 11 septembre nous attendait. Le building duquel nous devions «admirer la vue» fermant dès 22h il ne fallait pas trainer...

Samuel (^^) nous a indiqué alors qu'on roulait doucement le long de la rivière que la Statue de la Liberté était «un tout petit peu» visible de là ou nous étions, mais qu'on n'avait malheureusement pas le temps de s'arrêter pour la voir.

Une sorte de murmure de protestation s'est alors élevé dans tout le mini van qui nous menait à travers la ville. Il a baissé son micro et nous a regardé avec un petit sourire l'air de dire « On ne va quand même pas prendre du retard sur le retard ! ».
Nos visages suppliants lui indiquaient que si, alors il a cédé en lançant dans le micro un «Okaay, okaay» vraiment très américain pour le coup.
Il nous a indiqué qu'on avait une minute et pas une de plus pour descendre, regarder, prendre des photos et remonter...

Tout le monde est descendu en courant dans une joyeuse mêlée et on s'est précipités vers cette rambarde.
Mes mains se sont posées pas très loin de l'endroit ou cette photo a été prise. Sur notre droite , au loin, un minuscule point lumineux à peine visible...C'était la flamme de la Statue de la liberté...Minuscule, comme moi un peu plus tôt sous ce ciel New Yorkais...

Le froid n'existe plus dans un moment comme ça, on ne sent plus le vent qui redouble d'intensité, on ne sent pas la douleur qui engourdit les mains collées au métal gelé...Non...On se laisse simplement remplir par la grandeur de cette étendue immense et lumineuse, on se laisse avaler tout cru par New York, par les sirènes qui grondent au loin comme dans un intermede de série policière, et on oublie tout...

La seule chose dont je me suis rappellée à cet instant précis c'est ce gros classeur marron rempli de timbres que mon père m'avait donné l'été de mes 8 ans alors que je passais des vacances dans le sud et que je m'étais plains de m'ennuyer. Je me suis remémoré la courte décision de collectionner les timbres qui avait suivi et j'ai revu ce timbre un peu écorné représentant la Statue de la liberté que j'avais longtemps laissé collé sur la dernière page...A l'époque je pensais que c'était un personnage de dessin animé et je cherchais d'ou ça pouvait venir...
Entre temps j'ai bien sur appris que c'était une réalité et non un personnage, j'ai commencé a aimer cette réalité qui paradoxalement avec le temps est devenu un rêve...


Et presque 15 ans après, pour la première fois, j'avais cette réalité sous les yeux...Bon en «tout petit bien sur» (cf Titanic ^^), mais quand même...

Ce soir là j'ai réalisé un rêve d'enfant, et la douleur dans mes mains frigorifiées contre la rambarde c'était bien peu face à ça. J'étais heureuse.

Heureuse et gelée.

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