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Crepuscule-Road

Sound of garden

le 02/06/2009 à 01h38

oOo Music oOo

If we admit that human life can be ruled by reason, then all possibility of life is destroyed.
Alexander Supertramp - Into The Wild

*   *   *

Hier soir chez moi il y avait des invités.
Le premier barbecue de l'année.

Des amis, leurs enfants, un soleil déclinant...
Quelques brochettes multicolores et une ambiance fraiche et joyeuse.
Une vraie belle soirée de juin.

Je ne sais pas si c'est partout pareil...Mais dans ma famille, ce genre de soirées ont généralement un déroulement très similaire. Quels que soient les invités, quel que soit le jour ou ça se déroule, ou même l'année. Il y a ce je ne sais quoi qui ne change jamais vraiment...Une sorte de fil rouge, de ligne conductrice.

Comme lors de chaque soirée du genre,il y a eu ce "moment repas", cacophonique, désarticulé, bruyant. Avec les enfants qui ne voulaient pas manger les poivrons sur leurs brochettes, et qui se dénoncaient les uns les autres pour des betises forcément effectuées par quelqu'un qui n'était pas eux même.

Et puis comme dans toute soirée, il y a eu un "après repas".
Ce moment sans heure bien distincte, une fois la dégustation terminée, tandis que les taches de boissons renversées séchaient sur la table, que les odeurs de barbecue s'évaporaient doucement dans celle de l'odeur de l'herbe fraichement coupée et que le jour déclinait à l'horizon, tandis que les enfants courraient dans le noir, jouaient à cache-cache et criaient très fort, (tout à leur excitation de veiller tard).
De mon côté je suis restée attablée à "La table des grands".

Cette table c'est toute une histoire. Elle me faisait un peu rêver quand c'était moi l'enfant qui criait dans le jardin et qui dénonçait ses copains...Et même l'adolescente d'ailleurs...Parce que j'ai bien du attendre 15 ou 16 ans pour avoir enfin l'immense privilège de rejoindre ce cercle fermé, celui des grands, qui ont des discussions de grands, qui rient de choses de grands...Ce club de privilègiés.
La ou personne ne dit à personne d'aller se coucher parce qu'il est tard.

Hier soir donc, c'est tout naturellement que je suis restée assise là avec eux.

Forcément, aujourd'hui plus personne ne remets en cause mon statut de semi-adulte. Et meme si je ne suis pas encore encore une vraie "grande" dans leur esprit à tous, j'ai en tout cas gagné le droit avec l'âge, de rester et de participer à ce genre de moments.

J'étais donc là, emmitouflée dans une couverture, (l'air s'était vraiment rafraichi). Et, silencieuse, j'écoutais ces discussions d'adultes qui s'entremêlaient les unes aux autres sans réel lien, dans un léger brouhaha seulement troublé par les voix des enfants derrière dans le jardin et le chant de quelques insectes non identifiés.

Ca m'a toujours fasciné d'écouter une discussion d'adultes sans y participer.

Je me sens un peu comme cachée dans un sous-marin. A observer avec la petite lunette ce qui se passe en surface...J'aime regarder les mimiques de chacun, repérer celui qui tente à tout prix de raconter sa mésaventure mais que personne n'écoute vraiment. Repérer les moments de solitude, ceux de vanité, quand un tel essaie de se mettre en avant, et qu'un autre essaie de surenchérir parce que lui il a fait encore plus fort forcément...

J'étais donc là à les écouter parler d'achats de voiture, de tel modèle qui n'avait rien à voir avec un autre en terme de qualité, parler aussi des bals de leur jeunesse dans des petites villes de campagne, ou c'était quand même "bien différent des soirées des jeunes d'aujourd'hui", parler des souvenirs de la naissance des premiers enfants et de la difficulté à s'en occuper par la suite. De nos bêtises à nous cheres têtes blondes.

Bientôt l'ennui m'a gagné...

Ce n'était pas faute d'essayer, mais rien dans ces discussions n'éveillait vraiment mon intérêt, ne me donnait envie d'ajouter ma pierre à l'édifice ou de participer. Alors machinalement, j'ai laissé mon regard trainer sur la table d'à côté, celle des enfants, désertée depuis un petit moment.
Il y avait des morceaux de chips étalés un peu partout, un verre renversée et une copie un peu déchirée de l'histoire que ma petite soeur avait écrit la veille.

Petite soeur que j'entendais jouer en arrière fond avec les autres occupants de cette table. Je les entendais courir entre la cabane et le portique à balancoires, s'appeler par des prénoms imaginaires "Lola, Julie etc"... 

Je me suis rendu compte que ce cercle d'adultes si fermé, que j'avais tant envié quand j'étais petite, n'avait en fin de compte rien de si enviable. Et qu'on s'amusait peut etre bien plus de l'autre côté de la table finalement.

Alors, j'ai fini par laisser ma couverture sur la chaise en plastique du salon de jardin, et j'ai passé le reste de la soirée avec des Lola et Julie imaginaires.

On s'est installés ensembles dans un coin, on s'est allongés et on a inventé des histoires de pays imaginaire dans lequel on entrait par un trou aussi minuscule qu'un ongle de petit doigt, on a chanté des chansons avec ma guitare, on a joué au roi du silence et à "Qui perds aura un gage"...
 
Finalement sur les coups d'1h du matin, tout les petits bouts ont fini par s'endormir à côté de moi.

J'avais ma petite soeur sur les genoux, dormant à point fermés en serrant fort 2 nounours contre elle, à côté d'elle deux autres petites filles dormaient tout aussi fort.

J'étais en train de m'émerveiller devant la douceur d'un sommeil d'enfant, la façon dont leurs paupières semblent se déposer doucement sur le haut de leurs petites pomettes comme un voile sur le tissu d'un rideau, quand les voix venant de la table des grands ont refait surface.

Eux ils n'avaient pas quitté leurs discussions de voitures, de "Tu sais ce qu'est devenu machin ?" et autres "Tu as entendu parler de un tel ?"

Et j'ai eu cette drole d'impression, ce noeud qui s'est comme coincé dans mon ventre...

Plus le temps passe et plus je me rends compte que je ne serais jamais comme ça...Je serais jamais une vraie grande à la table des grands.
Je ne serais jamais monsieur/madame tout le monde, qui part travailler le matin, rentre à 20h et dine devant le journal télévisé. Qui a une carte Leclerc, Champion ou Auchan, avec le même code que pour sa carte bancaire. Qui économise 5 ans pour acheter une voiture qu'elle paiera pendant 10 ans ensuite. Qui travaille pendant 30 ans pour la même boite et qui se marie avant d'en avoir 25.

Je ne peux pas, je ne m'en sens vraiment pas capable. J'ai essayé, j'ai fait semblant un temps parce que j'étais fière d'être enfin du côté des grands, d'avoir enfin franchi la frontière. Mais si je dois être honnête avec moi même, je ne peux pas.

Je me sens en décalage avec ce qui se trame autour de moi. Avec cette chose qu'on appelle grossièrement la maturité, "l'age de raison". Je n'arrive pas à l'expliquer, mais je sens ce truc à l'intérieur, qui brule, qui tourne et vire, qui se sent à l'étroit dans ce corps, à l'étroit dans cette petite ville, et qui m'en conjure de bouger, d'avancer avant d'exploser sur place. Qui me demande de ne pas devenir comme ça, même si ces grands, là je les aime quand même parce qu'ils sont ma famille.

Je veux d'une vie plus colorée, d'une vie d'ailleurs, d'une vie de partout. Et je m'en moque que ce soit niais, que ce type d'envies d'envies soit disséquée par des psychologues à deux francs cinquante qui cherchent à comprendre ce qui cloche chez les gens comme moi.
Ils voient ça comme des gens qui refusent leurs responsabilités, qui refusent de trouver leur voie et de l'emprunter les yeux fermés. Des gens qui fuient tout simplement.

Moi la seule chose que je vois clocher pour l'instant c'est ce décalage que je ressens chaque matin quand je prends le bus pour aller travailler. Quand je traverse ces rues trop familières, ces quartiers trop gris, quand je passe devant ces murs remplis d'affiches qui n'ont pas changé depuis 3 ans, quand j'enfile ce casque de standardiste un peu trop petit sur mes oreilles et que j'appelle les gens pour leur poser des questions sur leur nouvelle banque, leur rame de métro préférée, ou leur compagnie d'assurance.

J'ai la sensation que si je reste ici, que si je ne pars pas, je vais mourrir sur place.
J'ai besoin de passer mon temps à bouger, de découvrir des endroits radicalement différents. Je veux parcourir le monde, faire des rencontres. Laisser un peu de moi dans chaque endroit.

Je pense que c'est pour ça que je change aussi souvent de vie.
Que je recommence à zéro si souvent.

Avant je pensais que c'était en attendant de trouver ma voie.
J'ai compris il y a peu, que ma voie c'était peut être simplement ça. C'était qu'il n'y en avait pas qu'une.

Ce n'est pas parce que 90% de mon entourage suit une route que je dois emprunter la même.

Robert Frost a dit un jour " Deux routes s'offraient à moi, j'ai pris celle qu'on empruntait pas"
J'ai envie de faire comme lui.

Et j'ai envie de voir ma vie comme un éternel voyage, un éternel recommencement. Je ne sais pas si je cours après quelque chose, si un jour je trouverais ce fameux quelque chose et que du coup je me poserais définitivement quelque part, arretant de fuir ce que je fuis aujourd'hui avec tellement de force et de convictions.

Mais peut être que je ne fuis rien en fin de compte. Peut être que j'avance tout simplement. Qu'au lieu de faire comme tout ces gens qui se disent "J'aimerais bien" et enferment leurs rêves au placard parce que c'est trop difficile et bien j'essaie moi.
Ca ne fonctionne pas toujours, mais j'essaie...

* * *

Hier soir en tout cas, je me suis fait une promesse. Lorsque je l'aurais ma famille à moi. Lorsque j'aurais des enfants et qu'une soirée de ce type se profilera à l'horizon. Il n'y aura jamais de "table d'enfants ou de table d'adultes".
Il y aura une seule et unique table ou je mélangerais tout ce beau monde ensemble. Ou les discussions voitures et travail seront bannies.

En esperant que mes invités se rappellent qu'eux aussi ont été des enfants qui écrasaient leurs chips, renversaient leurs verres et serraient leur nounours en s'endormant.
Qu'eux aussi ils ont été des enfants lorgnant jalousement sur la table des grands.

Qu'eux aussi, ils ont été des enfants...

Mediator

le 19/04/2009 à 02h44


oOo Music oOo

Les gens doués m'ont toujours fasciné.

Ces quelques "identités fortes" que l'on croise au hasard d'une vie et qui maitrisent un art, un sport, ou un instrument à la perfection au point de parvenir à tout faire oublier derrière l'évidence de leur talent.

Et comme souvent lorsque je suis fascinée par quelque chose, j'ai été jalouse de tout ces talents dont la vie ne m'avait pas dotée.

Envieuse et surtout désireuse de posséder ce petit quelque chose en plus. De réussir moi aussi là ou d'autres s'exprimaient si bien autour de moi.

Voila pourquoi enfant à la fin de chaque film je m'improvisais championne de hockey ou de skate-board en devenir. Pourquoi chaque fois que je croisais ce petit Mozart du piano au supermarché au moment des fêtes de noel je rentrais chez moi, j'attrapais mon synthétiseur, et je m'entrainais à jouer pendant des heures. Pourquoi le jour ou je suis tombée sur un blog et sur des mots plus forts que tout ceux que j'avais pu lire jusque là, j'ai moi aussi crée mon petit espace d'expression. Tentant une nouvelle fois d'approcher le talent, d'apprivoiser un don que je sentais encore une fois m'échapper.

Il y a des gens doués en tout, au point qu'ils en sont énervants, des exceptions génétiques presque. Et puis il y a tout les autres qu'on rencontre au quotidien. Qui ont toujours au moins quelque chose qui les distingue du reste du monde : Doués en classe, doués en sport, en écriture, en musique, en cuisine. Doués en "vie" aussi tout simplement (parce que je considère ça comme un talent).

Personellement j'ai toujours eu l'impression de ne pas avoir été la le jour de la distribution. Qu'il n'y a rien que je maitrise plus que le commun des mortels. Au contraire je suis passée professionelle dans le "moyen", dans le "peut mieux faire".

Je suis d'une maladresse affolante (mon dernier "raté" m'ayant conduit directement dans le platre pour un mois sans passer par la case départ), j'ai une écriture tremblotante d'enfant, je suis nulle en cuisine et ça même lorsque je suis les recettes à la lettre, je ne comprends jamais rien aux papiers administratifs au point que j'appelle encore ma mère quand je bloque pour les remplir. Je suis souvent associale, je m'ennuie dans les soirées qui seraient sensées être intérêssantes pour une jeune de mon âge...Oui, même être jeune je sais pas faire... L'alcool je trouve ça inutile et pathétique (même si j'aime la notion d'ivresse quand elle est belle), la cigarette ça me fait mal à la gorge. Je suis pas douée pour vivre avec mon temps j'écoute Piaf et Barbara...Je n'ai aucun talent sportif particulier et je dessine encore moins bien que ma petite soeur de 6 ans.

Alors toute ma vie j'ai papillonné d'activités en activités, de sports en sports, maitrisant toujours "à peu près" les choses. J'ai enchainé la danse, le judo, le hand-ball, le basket, l'aikido, le tennis, sans jamais parvenir à vraiment maitriser mon sujet nulle part.

J'ai appris maladroitement à jouer du piano, sans jamais vraiment parvenir à plaquer sur ces touches d'ivoire toute l'émotion que j'avais envie de faire ressortir...

J'ai essayé d'écrire, mais même quand je me sentais un peu fière de ce qui sortait de moi, je tombais sur quelques mots bluffants et renversants d'un autre qui me renvoyaient à mon rôle de "peut mieux faire"...

Et puis il y a eu la guitare...

Comme souvent elle est entrée dans ma vie par le biais du talent de quelqu'un d'autre.

Jour de cours, année de seconde, tout début de lycée.

J'arrive en cours un matin et mes copains m'apprennent qu'on ne rentre pas dans le lycée. Eh oui, on fait les rebelles et on organise un sitting devant l'entrée pour protester parce que le principal a proféré une remarque raciste à l'encontre d'un eleve.

Bientôt nous somme près de 300 assis là à scander des slogans repris par les uns et les autres de façon plus ou moins énergique et concernée.

Je suis assise dans un petit cercle composé de quelques amis, on discute de tout et de rien, excités comme des enfants parce qu'on sèche les cours et qu'il parait qu'un journaliste de France 3 Région va venir nous filmer !

On discute, on discute, et puis soudain je perds le fil, je laisse mon oreille trainer et une mélodie m'interpelle quelques mètres plus loin...

Je tourne la tête, un garçon de 1ere ou de Terminale que j'ai déja apperçu quelques fois est assis contre un mur et il tient une guitare. Il joue une mélodie qui m'est familière mais sur laquelle je n'arrive pas à poser de nom.
Autour de lui quelques filles chantent une chanson en anglais.

Je me perds à l'écouter, je suis admirative de voir ses doigts bouger avec autant d'aisance sur le manche de son instrument...

Je me souviendrais quelques jours après du nom du morceau en question : Dust in the wind - Kansas.

Il a du jouer pendant une bonne heure ce matin là, et je l'ai écouté tout ce temps là, tournée dans la direction de ce groupe, oubliant complètement les suppositions et divagations des gens de ma classe.

En rentrant de cours (enfin de sitting^^) ce midi là, j'ai décidé qu'il fallait absolument que j'apprenne à jouer. La guitare était devenue ma nouvelle lubie !

Quelques mois plus tard, j'ai acheté ma premiere guitare. Je me revois encore dans le bus, portant le trop gros carton qui l'emballait. Supportant les regards noirs des gens que le côté imposant semblait déranger. Pressée d'être rentrée pour moi aussi la sortir et laisser courrir mes doigts sur le manche.

Je suis rentrée, je suis montée immédiatement dans ma chambre, je l'ai sortie de son emballage...Et la...déception. Je la trouvais soudain plus petite qu'en magasin, les cordes étaient molles, comme en plastique, et les premiers sons que j'en ai sorti m'ont arraché un rictus de déception. Tout ça n'avait rien de l'image que je m'étais faite de l'instrument et de ma capacité à en faire rayonner quelque chose...

Malgré la déception, en septembre je me suis inscrite pour prendre des cours aux ateliers musicaux près de chez moi. Cours que j'ai suivi à peine 2/3 mois avant de me décourager. Je n'avais pas l'impression d'apprendre quoi que ce soit, et je ne parvenais toujours pas à sortir le moindre son potable.

Comme pour beaucoup de choses avant ça, je me suis laissé bouffer par mon impatience à vouloir maitriser trop vite les choses. J'ai laché et la guitare a terminé dans un coin de ma chambre, à l'abandon. Je ne la sortais que rarement pour jouer les 2/3 morceaux que je parvenais à gratter laborieusement.

3 ans après je l'ai carrément revendue. Je n'en avais rejoué que rarement, à l'occasion, et toujours sans ressentir ce que j'avais espéré ressentir le jour de cette grève improvisée au lycée. Alors elle me semblait finalement bien inutile.

*

Et puis, il y a un peu moins d'un an...Un peu comme une saison qui revient toujours à un moment ou un autre de façon immuable, la lubie m'a repris.
Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment...C'est revenu c'est tout. Il me fallait une nouvelle guitare. Une deuxième chance.

Cette fois je l'ai choisie soigneusement, j'ai parcouru les sites sur le sujet, lisant les avis divers. Je cherchais un instrument agréable à regarder et à jouer.

J'ai finalement opté pour un modèle qui me paraissait parfait, dont les couleurs et teintes me convenaient aussi contrairement au premier instrument.
Une guitare folk aux tons clairs.

Quelques jours plus tard (qui m'ont semblé une éternité) je l'ai reçue chez moi. Et comme la première fois je l'ai ouverte avec empressement et excitation !

A la différence de la première ouverture, la deception n'était pas au rendez-vous. Car cette fois la guitare était fidèle à l'image que je m'en était faite. Et un premier coup de main maladroit sur les cordes m'a rassuré sur sa sonorité.

Seulement il y a une chose qui n'avait pas changé. C'est que la maitrise ne venait pas en claquant des doigts. Loin de là.
Et difficulté supplémentaire c'est qu'en choisissant une guitare folk, j'avais choisi une guitare aux cordes bien plus dures et donc plus douloureuses.

Les premiers jours, je jouais une demi heure tout au plus tant la douleur était insupportable et tant les cordes me coupaient tout le haut des doigts. Et puis je n'arrivais à rien jouer de bien comme la première fois...L'histoire se répétait.

J'ai senti qu'encore une fois l'impatience et l'abandon me guettaient. Qu'encore une fois j'allais me disperser, arrêter en route pour me pencher sur une autre chose que je ne maitriserais surement jamais vraiment non plus.

Et je n'ai pas voulu de ça. Alors j'ai insisté. Pendant 3 bonnes semaines jouer était douloureux et décourageant. Il parait que tout débutant passe par là.

Et puis un jour, sans vraiment y avoir fait attention, je me suis rendu compte que je pouvais jouer bien plus longtemps sans avoir mal.

Dès lors, j'ai commencé à jouer au minimum 2 heures par jour. Je rentrais du travail et la première chose que je faisais c'était d'attraper la guitare. Je passais des heures à jouer partout, dans ma chambre, dans le salon, sur le balcon, dans la salle de bain.

J'ai passé des nuits sur une chaise dans cette derniere pièce à tenter de reproduire 10 fois, 20 fois, 100 fois les mêmes airs. A rager et me sentir frustrée de ne pas parvenir aux bons résultats quand tant d'autres semblaient maitriser l'instrument en à peine quelques semaines.

Et la encore une fois sans m'en rendre compte les progrès sont venus d'eux même. Bien sur Bob Dylan et Jimmy Hendrix étaient encore bien loin mais j'ai commencé à prendre du plaisir à jouer, à sentir mes doigts deviner tout seuls ou se placer par habitude. Les accords qui me donnaient du fil à retordre m'ont soudain paru plus évidents, moins "championnat du monde de contorsionnisme des doigts".

Et puis me voila un an après. Bien loin encore de maitriser l'instrument, bien loin de pouvoir jouer Dust in the wind à la perfection au point d'attirer quelque oreille perdue dans une foule. Mais fière d'avoir persévéré et de continuer à le faire. Fière d'avoir tenu bon.

Et j'ai pris conscience que je ne serais peut être jamais la meilleure en rien, que je ne serais peut être jamais cette fille de qui on dit "Tu as vu elle assure", dans tel ou tel domaine. De ce genre d'individus qu'on jalouse et à qui on voudrait ressembler; Mais que dans le fond l'important c'est le plaisir que j'ai pris durant toutes ces années à m'essayer à telle ou telle activité, même quand le constat d'échec était au rendez vous. Et que ce qui compte ce n'est pas que je sois la plus douée en sport, en musique ou même en "vie de jeune" ^^, mais c'est simplement que je continue à essayer.

Parce que même si les choses ne me tombent pas tout cuit dans le bec, même si je dois insister un peu plus que ceux pour qui l'évidence est là, rien ne vaut le plaisir de voir mes doigts abimés par les cordes qui ne font même plus mal aujourd'hui, et d'entendre ma mère dire à une amie "T'as vu elle se débrouille bien hein !" pendant que je joue un morceau.
Et c'est tout ce qu'il me faut pour sentir que je ne suis pas complètement dénuée de talent en tout. C'est tout ce qu'il me faut pour me dire que comme n'importe qui je peux être spéciale à mon niveau.

Les gens doués m'ont toujours fasciné c'est vrai. Mais ceux qui s'en tirent tout juste en ayant essayé de toutes leurs forces, eux, je les admire.

Je crois que je préfère tout simplement la persévérance à l'évidence.

E-Motion

le 18/04/2009 à 00h32


oOo Music oOo

La plupart des gens que je connais n'aiment pas aller au cinéma seuls.

C'est quelque chose qui m'a toujours un peu étonné tant je peux aimer ça, mais je ne compte pas le nombre de regards interloqués ou juste surpris auquels j'ai eu le droit tout au long de ma vie après avoir expliqué à quelqu'un que j'avais le plus simplement du monde été voir un film "seule".

A croire que cet acte représenterait pour certains une sorte de preuve de solitude extreme. Le summum de l'absence de toute vie sociale je ne sais pas... "Aller au cinéma non accompagné". Quelle horreur ! Comment savourer un film dans ces conditions ? Personne avec qui partager l'experience ? Ou est l'intérêt ?

Pourtant, aller voir un bon film en solitaire est probablement un de mes plus grands plaisirs. Pas bien loin d'égaliser celui d'écouter de la musique bien frissonante à fond tout en marchant dans un endroit desert et si possible magnifique.

Je pratique le ciné-solo depuis une bonne quinzaine d'années maintenant...J'adore m'y prêter toute l'année bien sur, mais j'ai une prédilection et une préférence pour les dimanche après-midi d'hiver...Y a comme une atmosphère dans ces journées anhéstésiées et froides qui se prête vraiment à l'ambiance dans laquelle plonge un bon film...

J'ai tout un tas de petites habitudes, de sensations qui me sont familières associés à ces sorties... Et bien sur "un cinéma" de prédilection pour me prêter à ce petit rituel...

Dernièrement j'ai un peu délaissé les salles obscures...Mais ça me manquait pas mal...

Alors forcément le premier dimanche de mon retour ici il y a un mois, je n'ai pas pu m'empêcher de renouer avec cette tradition.

C'était le dernier dimanche d'hiver de l'année en plus. Ma derniere occasion de marquer le coup avant l'année prochaine. Un de ces dimanches parfaits, comme je les aime, avec leur soleil lointain et clair, qui habille l'atmosphère d'une sorte de quiétude douce, un temps si froid qu'il est comme une sorte de permission celeste de ne rien faire d'autre que se caler au fond d'un fauteuil rouge confortable pour prendre une claque d'émotion ou une belle leçon de vie au choix...Voire même les deux si on est chanceux ce jour là.

Et puis ça tombait bien,j'avais un gardé un film bien au chaud qui me tentait vraiment mais que je ne voulais pas voir dans n'importe quelles conditions.
Un de ces films "pour lesquels" on va au cinéma.

Je classe les films que je vais voir en 2 catégories. Il y a les films "A defaut d'autre chose" que je vais voir parce que l'envie d'aller au cinéma me démangeait trop les yeux et l'esprit, et qu'il fallait bien choisir quelque chose. Ces films ont généralement simplement gagné le droit d'être vus parce qu'il n'y avait rien d'autre de plus tentant dans la liste du journal.
Ils sont au choix la source de belles surprises ou au contraire de jolis ratés.

Et puis il y a les films dont j'ai vu la bande annonce un jour par hasard et pour lesquels des lors j'ai réservé un bout de mon temps futur hypothétique. Ces films que j'attends parce que je sais qu'ils sont porteurs de quelque chose succeptible de me toucher, de m'émouvoir, me faire rire...Et la il y a rarement des mauvaises surprises...

Ce dimanche donc, j'avais décidé de faire la faveur de mon dernier rituel hivernal de l'année à Gran Torino de Clint Eastwood qui avait déja réussi à m'émouvoir aux larmes avec Million Dollar Baby, et m'avait fait m'accrocher à mon siège d'indignation plus recemment devant l'Echange.

Le choix du film à voir s'imposait donc de lui même.

Le cinéma ou j'aime aller n'est pas un de ces cinémas un peu anciens bourrés de charme des années 50. Une de ces salles remplies d'histoire et d'odeurs équivoques...

Mais malgré tout une histoire il en a une pour moi...

Dans les salles de ce complexe je me suis caché derrière mon siège des dizaines de fois parce que le film faisait trop peur, je suis sortie de la salle en tremblant dans le couloir sombre quelques dizaines d'autres fois, generalement pour les mêmes films d'ailleurs...
J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant une poignée de chef d'oeuvres, j'ai ri à en avoir mal au ventre devant quelques films...

Ce cinéma a traversé avec moi mes années collège et lycée avec leur lot de films ou l'intérêt principal résidait d'avantage dans le fait de savoir si mon voisin allait finalement m'attraper la main avant le générique de fiin plutot que de m'attacher à deviner si Finch allait coucher à nouveau avec la maman de Stifler.

J'y ai vu mon premier film interdit au moins de 16 ans, une grande partie des Walt Disney étant enfant aussi. J'y ai vu quatre Harry Potter sur cinq ce qui fait une bonne moyenne...Et puis tellement d'autres films...

J'aime ses couloirs tamisés habillés de néons bleus clairs, ses sièges rouges deja un peu usés par le temps, l'odeur des pop-corn, le silo à bonbon qui fait une dizaine de mètres de haut et qui me fascinait par sa hauteur et ses cascades de couleurs étant enfant...J'aime son petit coin restaurant dans lequel on s'arrêtait souvent avec ma soeur pour déguster le "menu crêpe" à l'époque ou on allait voir au moins un film par semaine...

J'aime cet endroit et j'aime surtout me prêter aux mêmes rituels chaque fois que je vais y voir un film...

Je m'y sens un peu comme chez moi et je ne compte pas le nombre d'après-midi que j'ai passé dans ces salles à oublier ma vie quand rien n'allait vraiment.

J'aime entrer toujours par la même porte, me diriger vers le guichet de gauche par habitude pour attraper le petit programme en carton rouge et jaune qui trone sur le côté. Même lorsque je sais déja quel film je vais aller voir.
Puis m'approcher de la caissière et demander mon ticket, compter ma monnaie pièce par pièce ou tendre ma carte de cinéma selon les époques.

Aller ensuite au comptoir confiserie et prendre un moyen pop-corn et un petit coca. Déposer mon ticket à cheval sur les pop-corn et y planter la paille du coca en attendant de l'ouvrir.
Attraper le magasine du cinéma et me diriger tant bien que mal avec tout ça vers l'entrée des salles pour que l'employé du cinéma découpe la partie détachable de mon ticket et repose l'autre sur mon pop corn en m'indiquant l'endroit ou se situe la salle dans un sourire, bien que je connaisse deja l'endroit comme ma poche.

J'ai même une salle fétiche...La 11. Elle m'a rarement déçue contrairement à la salle numéro 6. C'est drole comme on peut associer la qualité d'un film au simple numéro d'une salle...C'est complètement subjectif et absolument pas lié...Mais pourtant le fait est que j'ai vécu mes plus beaux moments cinématographiques dans la salle 11...Que j'aime sa disposition, ses couleurs, ses marches, son écran...Elle a quelque chose en plus...

Une fois dirigée par l'ouvreur, j'aime entrer dans la salle et constater qu'il n'y a pas beaucoup de monde, me diriger vers le troisième ou quatrième rang en partant du bas en esperant qu'il n'y aura personne à la place située exactement au milieu que je veux occuper.

Puis j'aime passer une dizaine de minutes au son des BO de Matrix et du Seigneur des Anneaux qui repassent en boucle depuis dix ans, (à croire que quelqu'un a oublié un cd dans le lecteur de musique du cinéma)...Feuilleter le magasine du cinéma, à repérer les films qui motiveront mes prochaines sorties...

Et puis enfin, la lumière décline tout doucement et se tamise, m'empêchant de finir la lecture de ma page...C'est le signal que les choses sérieuses commencent enfin...

Je ne sais pas s'il existe un club des gens qui ne supportent pas de rater les bandes annonces lorsqu'ils vont voir un film, mais s'il existe j'en fait indiscutablement partie.
Pour moi c'est presque un sacrilège...

J'ai même des "souvenirs de bande annonce" comme on va avoir des souvenirs de bons films. Des souvenirs de frissons devant la bande annonce de Star Wars Episode I en voyant une armée descendre une colline avec la musique qui montait crescendo...Les mêmes devant le fameux "Pour Frodon" du Seigneur des Anneaux qui me met toujours dans un état particulier des années plus tard...

J'aime les bandes annonces bien faites, condensées d'émotion, alliance de musiques parfaites et de passages qui donnent envie de se précipiter dans la premiere salle de ciné trouvée au moment de la sortie du film dont il est question...Même que parfois les bandes annonces elles sont meilleures que le film en lui même...

Et pour moi des BA il n'y en a jamais assez...

Quand j'étais enfant on avait généralement le droit à 5 ou 6 bandes annonces au minimum, et à tout autant de publicités, voire même moins de pub que de Bandes annonces...Avec la celebre pub de Georgette qui ramassait les m&m's sous les fauteuils que je connaissais par coeur.

Aujourd'hui, il arrive que la publicité prenne une quinzaine de minute d'écran et qu'on n'ait le droit au final qu'à 2 vulgaires bande annonces de films lourdaux et même pas tentants...
Il arrive même, et c'est le sacrilège qui me reste le plus en travers de la gorge, qu'ils n'éteignent plus complètement les lumières pendant qu'ils les diffusent...

C'est peut être idiot, et bien peu important pour la plupart des gens, mais moi à chaque fois ça me révolte, ça me fruste...L'émotion véhiculée est tellement différente avec la lumière allumée...Il n'y a plus qu'à la laisser pendant le film tant qu'on y est...C'est comme si dans un walk-man il y avait la musique dans l'écouteur gauche et quelqu'un qui parle dans l'écouteur droit. Ca gache tout.

Ceci dit, ce dimanche là, j'ai pu me rendre compte que certains progrès notables avaient été faits depuis l'année derniere. J'ai eu le droit à mes 4 bandes annonces dans le noir et à une durée de publicité raisonnable de 5 minutes à peine ! Les choses s'engageaient plutôt bien.

Puis l'invitation à couper nos téléphones portables est apparue sur l'écran,suivie du message incitant à ne pas "filmer le film" par respect pour l'art et les artistes...

C'est généralement le signal,(quand je vois un bon film du moins) que je ne vais plus décoller mes yeux de l'écran pendant les deux heures à venir et que tout autour de moi va être aspiré dans une sorte de flou invisible. Que je vais complètement oublier qu'il existe un monde ailleurs qu'entre moi, mes yeux, et cet écran.

Pour ce film ça n'a pas raté.
Je me suis retrouvée embarquée dans cette histoire, bercée par cet air au piano qui revenait sans cesse et par le personnage bougon et attachant campé par Clint Eastwood.

Et comme quelques années plus tôt devant Million Dollar Baby, je me suis retrouvée 1h45 plus tard, les yeux humides à pleurer en silence...

Je ne suis pas non plus du genre "Mamie devant Les Feux de l'Amour" quand je suis émue au cinéma...Non généralement les larmes coulent toutes seules et en silence...Ca fait vibrer quelque chose à l'intérieur, ça me fait me sentir vivante tout bêtement. J'adore cette sensation...

Pleurer devant la fin d'un bon film...Laisser les larmes sécher toutes seules tandis que le générique défile, que la lumière se rallume et que les gens derrière moi sortent de la salle un par un, c'est con mais j'aime ça...

La se justifie d'ailleurs le choix de m'asseoir aussi près de l'écran...Au dela de l'envie d'en prendre encore plus dans les yeux que si j'étais au fond de la salle, il y aussi cette envie qu'il n'y ait rien entre moi et l'écran, et surtout qu'il n'y ait personne. Ca me permet une plus grande liberté et ça me permet de mieux savourer le film. Et ca me permet d'oublier que je ne suis pas réellement seule.

Je sors toujours la derniere de la salle quand j'ai vraiment aimé un film, une fois le générique terminé et l'écran blanc de retour. Pas forcément "par respect pour le réalisateur" comme ce bon vieux Dawson, mais simplement parce que j'ai besoin de ce temps pour savourer et pour m'imprégner de l'émotion "d'après-film".

Il arrive qu'en plus la musique du générique soit vraiment chouette et là c'est d'autant plus agréable...

Dans ces moments là j'aime me retourner vers la salle et voir quelqu'un qui comme moi,debout, bras croisés, savoure l'émotion d'après sur ces quelques notes...

Je crois que c'est une émotion que j'aime presque autant parfois que le fait d'avoir été voir le film en lui même...

Puis je sors de la salle et je retraverse les couloirs aux néons bleus...

Le trajet pour rentrer de ce cinéma implique de traverser une sorte de long chemin en bord de route près d'une forêt. J'adore marcher sur cette route après avoir vu un chouette film, en écoutant la musique à fond dans mon lecteur mp3, encore imprégnée de ce que je viens de voir. L'esprit ailleurs qui ne pense pas vraiment à quelque chose de précis,qui est encore "dedans" tout simplement.

A cette époque ou on y allait presque toutes les semaines avec ma soeur, généralement une grande partie du chemin du retour se faisait dans un silence quasi religieux. Parce qu'on avait la même façon de vivre "l'après-film", on avait exactement ce même besoin de silence qui suit...On ne décidait pas de ne pas parler.On ne parlait pas c'est tout. Je poussais son fauteuil en silence, et elle ne disait rien non plus...C'était notre façon à nous de pouvoir aller au cinéma "seules-à deux".

Je suis sortie de la salle ce dimanche là dans cet état doucement irréel qui suit donc le "bon film", en essayant comme chaque fois d'en capturer l'essence et de mettre le plus de temps possible à en sortir...

Dans ces moments là je ne vois pas les voitures qui passent sur le côté de la route, je n'entends rien d'autre que la musique dans mes écouteurs, et rien d'autre n'existe que cette sensation de quiétude bien en accord avec le temps de ces dimanches froids et ensoleillés...

J'ai donc quitté le cinéma non sans avoir pu ajouter une nouvelle petite pierre d'images multicolore assortie de sa jolie mélodie au piano à ce patchwork cinématographique que je remplis depuis des années...

Ce dimanche là je suis rentrée, en pensant déja à la prochaine fois...
Parce qu'au printemps le cinéma-solo c'est sympa aussi quand même hein :p

*

La plupart des gens que je connais n'aiment pas aller au cinéma seuls.

Parfois je me dis que c'est peut être eux qui ratent quelque chose dans le fond...

 

*~6h54~*

le 16/03/2009 à 17h32


oOo Music oOo
(Lancer "The Letter")

6h54.
L'heure qu'indiquait le site de Meteo France.
L'heure de mon rendez-vous...

A 6h00, je me suis préparée, un peu chaudement au cas ou... J'ai attrapé mon baladeur que j'avais rempli pendant la nuit de musiques à "frissons" ou d'autres que j'aimais tout simplement. J'ai pris mon appareil photo rechargé lui aussi pendant la nuit afin d'éviter une mauvaise surprise.

Les écouteurs sur les oreilles je suis descendue joyeusement en laissant filer les premieres notes de Walking In Memphis.

Il ne faisait pas très froid dans la rue. Elle était deserte et silencieuse si ce n'est ce léger souffle que j'aime tant dans le silence matinal...Cette sorte de vent qui n'en est pas vraiment un...

J'ai levé les yeux au ciel et j'ai constaté inquiète qu'à l'horizon la bas a l'est le ciel prenait deja une teinte rose orangée. Je me suis dépêchée de rejoindre l'arrêt de bus au bout de la rue.

Je devais avoir une bonne étoile,le bus est arrivé à l'instant même ou je m'avançais vers l'arrêt. Chose qui ne m'arrive presque jamais tant je suis championne du monde de "bus qui vous passe devant les yeux alors que vous êtes encore à 100mètres de l'arrêt".

Le chauffeur m'a fait un grand sourire. Ca aussi c'était rare...

A l'intérieur à peine une dizaine de personnes, toutes les yeux dans le vague, étouffant des baillements à intervalles réguliers.

Moi j'étais parfaitement réveillée,presque aux aguets.

Je regardais le paysage défiler la tête collée au carreau, le ciel varier d'une teinte à l'autre, anxieuse à chaque fois que le bus s'arrêtait à un feu rouge. J'avais l'impression désagréable que j'allais le rater si on ne se pressait pas un peu.

Je suis descendue du bus la premiere, me suis depechée de rejoindre le métro. Qui est encore une fois arrivé au moment précis ou je m'avançais sur le quai.

Même chose pour le métro suivant. Le dernier de mon trajet qui lui a carrément attendu bien gentillement que je sois à l'intérieur depuis une demi-seconde pour sonner et repartir.

A croire que de je ne sais où on me filait un petit coup de pouce pour que je puisse arriver à temps.

Lorsque la voix robotique de la dame du métro a annoncé mon arrêt je me suis précipitée à l'extérieur. Après 10 minutes en sous sol je n'avais qu'une peur : l'avoir raté.

J'ai grimpé les escaliers menant vers dehors le plus rapidement possible, le coeur battant.

Arrivée en haut j'ai pu soupirer de soulagement.
Soupirer et sourire.

Noyé dans une brume de rose le ciel était encore le même qu'à mon départ 20 minutes plus tôt. Je n'avais rien raté.

Je n'étais pas encore exactement là ou je voulais aller, mais qu'est ce que c'était beau ...Tellement beau que je me suis arrêtée pour profiter un instant de la vue...

Puis pour ne pas tout gacher et tout rater si près du but, j'ai rapidement repris ma route, fait quelques metres dans ce quartier desert, avant de descendre quatre à quatre des grands escaliers blancs, de ces escaliers qui vous donnent l'impression de vous lancer vers le vide lorsque vous vous avancez sur la première marche.

Et j'y suis arrivée. Exactement là ou je voulais aller.
Il était 6h52 précisement.
C'était moins une...

Tout était là, fidèle à la seule et unique fois ou j'étais venue. Les 2 bancs donnant vue sur le vide et sur la ville. Les lampadaires à leurs côtés, pas des lampadaires quelquonques comme n'importe ou dans la rue...Non des vrais beaux et classes, presque tout droit sortis d'un beau film.

Je pensais que je serais seule, surtout à cette heure là.
Mais il y avait déja quelqu'un lorsque je suis arrivée. Un jeune homme d'une vingtaine d'années, cheveux ébouriffés, il avait l'air d'être venu pour la même chose que moi puisqu'il attendait simplement en regardant droit devant lui.

J'ai sorti mon appareil et j'ai commencé à prendre quelques photos. Puis je me suis avancée vers ce vide pour profiter du spectacle pour lequel j'étais venue.

Il y a des moments dans la vie ou on est en retard...A contretemps sur les choses...Des rendez vous-ratés.

Et puis au contraire il y a des moments ou on arrive un peu trop en avance. Ou il faut attendre au lieu de pouvoir savourer sur l'instant.

Ce matin par je ne sais quelle alliance de bus et de métros croisés, d'un rythme de marche établi au hasard, d'une heure précise à laquelle je suis sortie de chez moi et de tas d'autres petites choses insignifiantes, le soleil a commencé à se lever au moment précis ou je posais une main sur cette barrière en métal froide qui me séparait du vide et de la vue.

J'ai poussé le bouton de mon baladeur que j'avais mis en mode aléatoire pour changer de chanson. J'avais décidé que ce matin le hasard déciderait de ce que j'allais écouter à ce moment précis.

Les premieres notes de The Letter ont retenti dans mes oreilles.
Des premières notes tellement en accord avec ce qui s'étendait là sous mes yeux...

J'aimerais pouvoir expliquer. Et j'aimerais que toutes ces photos que j'ai prises pendant ces quelques minutes puissent exprimer ne serait ce qu'un dixieme ce que j'ai ressenti la haut ce matin.

Mais c'était indescriptible...
Et tout comme mes photos n'ont malheureusement pas su capter parfaitement ces nappes de fumées qui s'échappaient des toits des maisons et prenaient une teinte jaune orangée sous l'effet du soleil, comme elles n'ont pas su capter toute la beauté et la complexité d'un ciel qui avait soudain pris une dizaine de teintes différentes noyées en une seule et même couleur sans nom, il m'est très difficile d'exprimer ce que j'ai ressenti à cet instant précis...

La musique m'a collé de ces frissons de partout, et je me suis sentie petit rien du tout devant tout ça...

J'ai jeté un coup d'oeil sur ma gauche. Le jeune homme était comme moi, dans une observation silencieuse de ce qui s'étendait devant nous.

Je me suis comme je le fais souvent demandé qui il était, ce qu'il faisait là, ce qui l'amenait à cet endroit précis à même pas 7h un lundi matin.

On a forcément des raisons pour ce genre de gestes...
Moi j'en avais en tout cas...
J'avais tellement de raisons d'être là.

Lyon restera cette ville qui m'a pris une partie de moi. C'est la ville dans laquelle j'ai vécu probablement la période la plus difficile de ma vie, dans laquelle j'ai perdu tant...

Mais pourtant, comme un fumeur qui sait que la cigarette est nocive va quand même apprécier sa cigarette du matin, je l'ai aimé cet endroit. Je l'ai aimé dans sa capacité à émerveiller, à regorger d'endroits comme celui là, nichés dans l'anonymat d'un petit quartier. Ces instantanés de poésie perdus dans la grande ville...Comme l'impression que derrière chaque chose un peu froide et anonyme d'apparence se cache un bout d'âme qui sourit.

Ce matin, à 3 jours de mon départ j'avais envie de dire au revoir à cette ville.

Et puis j'avais envie de dire au revoir à tant d'autres choses...A "elle" surtout, qui avait trouvé ici un endroit ou s'épanouir et qui quelque part n'a pas supporté d'en repartir.
A mon mal être de ces derniers mois.
A ce petit bout de moi qui n'allait pas bien et que je sens mort en mois depuis quelques jours. J'avais besoin de le faire sortir ce vieux moi déchiré et roulé en boule. Pour recommencer à vivre autrement.

Ma raison à moi d'être là c'était ça.

Lui je n'arrivais pas à deviner.

Je n'aime pas ça lorsque je n'arrive pas à lire dans les gens ou tout du moins à leur inventer ne serait ce qu'un petit bout d'histoire.

Et puis, comme dans un film, et comme pour me donner un indice peut être je ne sais pas, un vieil homme avec un chapeau est arrivé.

Je pensais que c'était un promeneur ordinaire qui venait savourer la beauté du paysage, un peu comme le jeune homme, un peu comme moi.

Mais il n'était visiblement pas là juste pour ça, pas juste pour le paysage. Il s'est dirigé d'un pas décidé vers le jeune homme et l'a pris dans ses bras.

J'avoue avoir été gênée de vivre ce moment qui avait l'air de signifier tant de choses, comme si je brisais une intimité, comme si je gachais des retrouvailles ou je ne sais pas...Comme si j'étais un point noir sur la carte postale qui gache le paysage.
Et je n'avais pas envie d'être ça ce matin...

Le soleil était à présent bien haut dans le ciel, et ce dernier avait pris une teinte orangée presque surréaliste...Alors j'ai pris la décision de repartir en sens inverse, de leur laisser ce moment ou tout se jouait entre eux, la vue derrière et ce ciel multicolore....

J'ai fait quelques pas et puis je me suis retournée pour la regarder une dernière fois cette vue. Pour en prendre une dernière fois plein la tête

C'était toujours aussi beau.. Mais ce qui la rendait encore plus particulière cette vue ce sont ces 2 hommes qui s'étaient approchés d'un des lampadaires et regardaient ensembles droit devant eux, tournés dos au soleil.

Je n'ai pas réussi à leur inventer une histoire, à comprendre pourquoi ce matin, et pourquoi il l'avait pris dans ses bras. J'ai simplement supposé que ce devait être un père et son fils vu l'écart d'âge et la ressemblance des traits. Mais rien de plus...Et je n'ai pas cherché à comprendre d'avantage...

Simplement je n'ai pas pu m'empecher de ressortir mon appareil et de prendre deux photos d'eux. Dont celle ci.

Je crois que c'est la seule de ma série d'une trentaine de clichés qui a réussi à reproduire ne serait ce qu'un peu l'émotion que j'ai ressenti devant ce ciel, devant eux, devant tout ça ce matin...

Et puis je suis repartie comme j'étais venue. Sur le trajet avant de reprendre le métro je me suis arrêtée pour prendre un croissant et un chocolat chaud dans une petite boulangerie. En déjeunant j'ai parcouru mon appareil photo en esperant avoir réussi au détour de 2 ou 3 clichés au moins à capturer un peu de l'essence de ce que j'avais ressenti. 

Et puis je suis rentrée sans me retourner. Et je suis allée me coucher aussitot, épuisée et heureuse...

A contretemps de la vraie vie. 

Mais ça je m'en moquais pas mal, parce que ce matin j'étais à l'heure pour un autre rendez-vous. Bien plus important celui là :)

******

J'ai fait un court montage vidéo des quelques photos que j'ai prises ce matin, si la curiosité vous pique c'est par ICI

Merci spécial à Mathilde pour m'avoir fair découvrir cet endroit :)

Hope

le 14/03/2009 à 04h38


oOo Music oOo

A la piscine, lorsqu'on arrive au fond du bassin, il suffit généralement d'exercer une petite pression sur le sol pour remonter à la surface.

Dans la vie c'est un peu pareil.

On le sait nos vies sont une sorte de succession de cycles, des périodes ou rien ne va, d'autres ou rien de mauvais ou de bon ne prend le dessus, et puis d'autres ou étrangement tout va parfaitement bien. On a tendance à se méfier de celles là, comme si c'était toujours "trop beau pour être vrai". Pourtant
 c'est surtout de connaître leur existence à ces périodes qui nous fait tenir quand ça va vraiment pas.

Il y a des hauts et des bas voila, c'est le plus gros cliché de l'histoire du monde, toujours affublé de son celebre leitmotiv "Après la pluie vient le beau temps" mais c'est vrai... 

Il y a pas longtemps j'ai eu l'impression de vraiment toucher l'fond d'la piscine (Isabelle Adjani bonsoir). 

Je ne me suis pas jetée du haut du plus grand plongeoir pour aller m'écraser en bas bien sur, ça a été progressif...Mais je crois l'avoir vraiment senti ce moment ou je lachais prise... 

C'était un soir il y a quelques semaines, vers 3h du matin, ça n'allait pas du tout et j'ai eu cette envie bizarre de prendre une douche glacée. Pour me réveiller de toute cette léthargie qui me figeait le corps et l'esprit depuis plusieurs semaines. J'ai poussé le bouton sur tiède pour commencer, (histoire de ne pas mourir d'hypothermie non plus), puis progressivement je suis allée vers le froid, le vrai froid. Celui qui fait d'abord claquer des dents et qui crispe la machoire, avant de devenir tout simplement supportable.

J'avais besoin d'un coup de fouet...De faire repartir le coeur et puis tout l'reste en même temps, je sais pas...

Mais ça n'a a pas eu l'effet escompté...Passée la claque du premier contact glacé, mon corps a fini par s'habituer à ce froid et je me suis retrouvé bêtement dans le même état que 5 minutes plus tôt. Vidée de moi, sans aucunes réelles sensations...
J'ai compris qu'il me faudrait plus d'une claque pour faire repartir tout ça...

Pendant plusieurs semaines je n'avais plus été qu'une ombre, un fantôme de moi même, j'évoluais à travers chaque journée sans réelles envies, sans objectifs. J'avais mal partout sans pouvoir situer vraiment la douleur, et d'avoir si mal je ne sentais plus rien au fond...

Pour le reste du monde le délai de "tristesse" était dépassé. Celui ou on recommence à vivre normalement reprenait son plein droit. La période délicate etant derrière soi, il fallait songer au le retour à la vie pleine d'entrain...Plus vraiment besoin de faire attention à si ça allait ou si ça n'allait pas.

Mais en réalité,c'est au moment précis ou le quotidien a repris ses droits que le plus difficile a commencé...C'est le "vivre après" le plus dur à assumer en fait...

Parce que c'est comme si d'un coup sans le vouloir tout le négatif que j'emmagasinais, tout ce que je faisais semblant d'oublier pour feindre d'aller bien depuis trois mois s'était échappé sans que je n'ai aucun contrôle sur les choses. Comme si j'avais rangé tout le mauvais de ma vie dans une sorte d'arrière cale de mon esprit, et que le bois venait de se fissurer de partout, laissant tout sortir d'un coup. Mon bonheur s'est noyé dans tout ça et moi j'ai eu beau tenter tant bien que mal de rester à la surface pour respirer, essayer de trouver une autre cale, ou bien quelque chose pour combler les vides et faire rentrer à nouveau tout ce mauvais la dedans je n'y arrivais pas...
Pleurer à en serrer les poings, à en avoir les jointures de mains blanches. Avoir sans arrêt les joues sèches et les doigts salés de s'être trop essuyé les yeux. Se lever sans aucune envie le matin, et parfois retourner se coucher parce que ça ne servait à rien après tout.Et puis sans arrêt se retrouver devant le fait de devoir répondre à cette frustrante question qu'on vous répète à longueur de journée sans penser à mal "Ca va ?"

C'était la le moment ou j'ai touché le fond. Je l'ai vraiment senti. Pas mon pied au fond de la piscine non, mais ce point de non retour ce soir là, la deception de sentir que le froid ne suffisait pas, et cette impression surfaite et égoiste que ça ne pouvait pas aller plus mal...

J'ai toujours cru, peut être naivement, que dans la vie il y avait un juste retour des choses, que la roue tournait, et qu'une fois qu'on a suffisement souffert on passe au positif. Comme si il y avait une sorte d'échelle des gains un peu à la "Question pour un Champion". On accumule un point de malheur chaque fois que quelque chose de mauvais arrive. Et si un petit bonheur vient avant le prochain malheur hop on redescend d'une case. Ca s'appelle l'équilibre. Ces périodes ou la vie n'est ni agréable ni un enfer...Ou elle n'est qu'un juste milieu... 
Alors du coup il faut vraiment accumuler beaucoup de poisse et de déconvenues ou au contraire de vrai bonheur pour se le faire son 4 à la suite personnel qui remplit le compteur jusqu'en haut et permet de faire tourner enfin cette fameuse roue...De déclencher le mécanisme

Je me suis dit qu'avec tout ça, avec tout ce qui s'était passé en seulement une année, les états-unis foirés, les soucis de santé,noël dénaturé, les rêves foutus et les gens perdus je devais bien l'avoir atteint ce fichu point de non retour qui déclenche tout en sens inverse quand même...
Mais ce fichu ciel s'entêtait à garder son gris froid et amer et le sol continuait de mourrir noyé sous des flaques sans fond.

Et puis, au moment ou je ne m'y attendais plus...Il a recommencé à faire beau.

Météorologiquement d'abord. Mais pas seulement... 

Bon d'un point de vue climat, je savais bien que ça n'allait durer. On n'est qu'en mars. Et même si c'était bien agréable cette bande annonce des mois à venir, je savais bien que la sortie du film n'était pas prévue pour tout de suite.

Non ce qui est plus agréable c'est la sensation qui a accompagné ce retour du soleil. Y a comme un truc qui a bougé à l'interieur...A peine perceptible mais je l'ai senti...La fameuse roue ? Je ne sais pas trop...Mais pour la premiere fois depuis presque 2 ans j'ai eu cette intuition bizarre que les choses allaient évoluer dans le bon sens. J'ai eu envie de sourire et d'être heureuse comme avant. De réaliser des choses et de rêver...

Et puis surtout, j'ai eu moins mal tout à coup...
Je sais que c'est encore là, que c'est bien présent...Mais ça s'estompe...Ou du moins ça commence doucement à s'estomper... 

Ca me rappelle cette scène dans un Indien dans la Ville entre Mimisiku et Thierry Lhermitte (on ne se moque pas de mes références merci ^^). Ils discutent de l'absence des gens et de l'effet que ça fait. Et Lhermitte explique alors que quelqu'un qui n'est plus là tout à coup, c'est comme avoir une photo de cette personne sans arrêt devant les yeux qui nous empêche de voir tout le reste autour...

Et puis le temps passe, et l'image s'éloigne. Elle ne disparait jamais vraiment, mais avec le temps elle finit par faire partie du paysage, comme un coin de ciel qu'on regarde de temps en temps avec nostagie et émotion...

Me concernant l'image est encore bien présente, et elle est vraiment difficile à reléguer au second plan pour l'instant, parce que toutes les autres me ramènent à celle là...Mais tout à coup j'ai commencé à distinguer des formes et des couleurs autour de tout ça, des nuances ont emergé de tout ce gris...

J'ai senti cette petite étincelle à l'intérieur que je n'avais pas sentie depuis une éternité. 

Bientôt l'été sera là et pas seulement sa bande annonce. Et j'ai envie de réaliser des choses, de prendre des photos de tout et n'importe quoi,et de recouvrir mes murs de souvenirs futiles, d'ennivrer mes oreilles de découvertes musicales, de faire des rencontres, de tomber amoureuse et de ne pas me relever. J'ai envie...Juste "envie". Un mot que j'avais oublié pendant un peu trop longtemps... 

C'est marrant l'été dernier j'ai été voir une voyante et elle m'avait expliqué qu'il y avait encore des moments difficiles à venir pour moi mais qu'à partir de l'été 2009 je vivrais une des plus belle année de ma vie.
Et c'était surement des conneries tout ça un peu comme l'horoscope, ça nous intéresse que quand ça va dans notre sens...
Mais ce qui est sur c'est que j'ai envie que ce soit vrai. Et tant que ça m'amène moi même à faire en sorte que les choses soient belles, alors c'est déjà à moitié utile...

Et peut être que du coup après tout ça je pourrais à nouveau dire sans avoir l'impression de sortir un vieux cliché ridicule, "qu'après la pluie...vient vraiment le beau temps".