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Crepuscule-Road

Obsession Blanche

le 28/02/2010 à 01h26


oOo Music oOo 

"Le stylo retombe avec un bruit sec sur la table. L'angoisse lui serre les tempes; il n'a écrit que la peur blanche du blanc sur le blanc, que la peur vide du vide sur le vide... Que fait-il de sa vie ? De son espoir et de son désespoir ? Que fait-il de ces heures qui se traînent ou s'enfuient, de ces jours dont le sens est justement de n'avoir plus de sens ? De cet espace dans lequel il s'emprisonne afin de chercher en vain un absolu dont il n'a pas le courage."

Obsession Blanche - Valérie Valère

Depuis quelques mois, je suis comme Gene, le héros d'Obsession Blanche, l'angoisse de la page blanche m'étreint et ne me lache plus. Je n'écris pas. Mes mots me fuient... Et je ne contrôle pas cette fuite, je ne  peux que la constater, impuissante.   

Parfois pourtant, j'ai l'impression qu'ils sont là, qu'ils reviennent doucement, que quelque chose se noue enfin à l'intérieur...Alors je m'y accroche desesperement, je me jette sur le crayon ou le clavier le plus proche, je commence à écrire...

Mais bien trop vite cet élan furtif est derrière moi...Je n'arrive pas à retenir mes mots, à les empêcher de me laisser l'esprit vide, ils reculent, sont aspirés, avec la force et la vitesse d'une tempête bretonne...Pour imager, c'est comme si j'avais sans arrêt une main dans le sable, en bord de mer. Parfois j'arrive à en retenir un peu entre mes phalanges, mais bien trop rapidement l'eau vient tout recouvrir et tout le sable me file entre les doigts. 

Mes mots me fuient de la même façon. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas ce qui m'arrive, ce n'est pas que je n'ai plus envie d'écrire, mais c'est comme si je ne savais plus. Comme si j'avais perdu le mode d'emploi. 

Comme Gene je ne sais plus écrire que "la peur blanche du blanc sur le blanc, la peur vide du vide sur le vide". Alors plutôt que d'écrire pour ne rien dire, j'ai fini par me résoudre au silence. 

Voilà pourquoi dernièrement les articles se font rares (voire inexistants), je n'ai pas envie de forcer les choses, j'ai toujours écris sur des impulsions, les doigts fébriles, l'esprit débordé et dépassé, je ne veux pas me résoudre à écrire pour écrire, revenir ici dans deux ans et me dire "Cet article c'était vraiment du remplissage". 

J'écrirais à nouveau bien sur, dans deux jours, dans dix jours, dans trois mois, je ne sais pas... Quand les choses seront belles et fortes, quand il y aura enfin quelque chose à dire...

En attendant, j'espère simplement que le jour où les mots reprendront leur place, vous serez toujours là.
 
Parce que l'écho, cet écho, que je rencontre à tout ce que je raconte ici, c'est comme mon envie d'écrire, c'est pas toujours vraiment présent, ça va, ça vient, mais quand c'est vraiment là, ça fait un bien fou...Un peu comme un voile qui déchire le silence.
Un silence qu'on a plus jamais envie de rafistoler ensuite...
 
Alors, à bientôt.
 
------------------------------
 
PS : A défaut de lire mes mots, je ne peux que vous conseiller ceux de l'auteur que j'ai cité en début d'article. Valérie Valère, auteur précoce qui n'a malheureusement pas dépassé les 21 printemps mais qui a laissé derrière elle une poignée de bouquins tous écrits entre 16 et 20 ans, troublants, touchants, déroutants, et surtout immensément bien écrits...

(A noter qu'on ne ressort pas intact de la lecture d'un de ses livres, il vaut peut être mieux le savoir avant de s'y aventurer...)
 
Je vous conseille les lectures de Malika ou un jour comme les autres, Le pavillon des enfants fous, Obsession Blanche, Vera ou encore Laisse pleurer la pluie sur tes yeux. )
 
 

Parenthèse

le 27/10/2009 à 23h20


oOo Music oOo

Vendredi soir, une chappe de brouillard mêlé de bruine recouvre la ville et les sols. Je traine mon sac trop lourd et ma guitare sur le dos. Je m'engouffre dans mon second train de la journée derrière une dizaine d'anonymes. Un livre au creux des mains, quelques gouttes parsemées ici ou là sur les carreaux, et la musique d’Aaron dans les oreilles. Je suis bien décidée à laisser filer et défiler paysages et pensées durant l'heure à venir...

Comme souvent lorsque je voyage en train, je m’attache à une observation minutieuse de ce qui m’entoure. Je déchiffre le nom des différents arrêts jusqu'à ma destination finale. Le tout défile inlassablement en lettres rouges sur le cadran éléctronique au dessus de ma tête. Un nom d'arrêt parmi d’autres retient mon attention : "Pas enchantés". J'esquisse un sourire, j'ignorais l’existence d’un endroit qui porte ce nom.

Dans le wagon, face à moi, un petit garçon prend le train seul pour la première fois. J'ai entendu sa mère un peu inquiète l'expliquer au controleur juste avant d'entrer dans le train, son père l'attendra à l'arrivée. A voir son regard curieux fouiller chaque recoin de la tablette, et tester le pose gobelet, je suppose que c'est la première fois qu'il prend le train tout court.

Je repporte toute mon attention sur mon livre du moment : "Pas Raccord". Une perle innatendue découverte dans l'un des rayons de la médiathèque il y a quelques jours. Un livre que je dévore depuis par bribes, par miettes, au gré de mes déplacements quotidiens. Un livre dans lequel je me reconnais terriblement. Charlie me touche, ce personnage écorché, naif et rêveur. Un amoureux de Peter Pan et de l'Attrape Coeur de Salinger. Un fou de musique, un paumé qui se cherche... Je me perds et je m'évade, je m'autorise à ressentir avec lui tout au long de ma lecture ces morsures ennivrantes et douloureuses de liberté, d’ignorance, d’incompréhension...

Je reposerais mon livre quelques instants avant la fin du voyage, les larmes aux yeux. Ils sont rares les livres qui m’émeuvent tant…L’écriture maladroite des premières pages a bientôt fait place à une vérité qui fait autant de mal que de bien : Il m’est arrivé à moi aussi si souvent de me sentir « Pas raccord »… Je note sur mon minuscule carnet de « choses à faire » qu’il me faudra me procurer un exemplaire bien à moi de ce roman.

Lorsque je repose le livre sur la tablette devant moi, il fait déjà bien sombre et mon train va bientôt entrer en gare de Nantes, mon terminus. Je me ressaisis, j’essaie de ressortir de l’état d’émotion dans lequel ma lecture m’a plongée. Ca n'est pas évident.

La voix dans le haut-parleur annonce que nous y sommes. Je réccupère ma guitare au dessus de ma tête, je me lève et je quitte le wagon.

* * *

Dimanche soir, 18h. Il commence à faire sombre. La nuit précédente a emporté dans sa besace une heure de clarté supplémentaire. Cette fois l’automne est bien là. Mon sac est sur mon dos, et ma guitare pends à mon bras droit. Je reprends la route en sens inverse.

J’aime ces voyages en train qui encadrent de beaux moments. J’aime la quiétude du trajet aller, dans l’expectative et dans l’inconnu de ce qui est à venir. Et j’aime encore d’avantage l’atmosphère du trajet retour. Poser ma tête contre le carreau, écouter la musique, et savourer, me remémorer par petites touches ce présent qui en un instant vient de devenir passé.

La première fois qu’on revit par la pensée de jolis moments est toujours la plus agréable, la plus vierge de nostalgie. Ces instants ne sont pas encore des souvenirs. Juste des ressentis tout frais, encore bien ancrés à l’intérieur, qu’on a plaisir à resituer en contexte comme on assemble les pièces d'un puzzle

Je me suis donc par habitude refait tout le film de mon week end. Depuis la bruine fine des débuts, jusqu'au timide coucher de soleil du départ.

Du fou rire idiot en rentrant du restaurant vendredi soir, aux courses sous la pluie battante…Et puis le cinéma, les bonbons, les batailles de coussins, les têtes brulées qui piquent la gorge comme quand on avait 10 ans, la partie de base ball au milieu du salon en écoutant de la musique country, les chansons à la guitare, les voix de chipmunks, puis se retrouver allongée sur le parquet à 3h du matin (qui vient soudain de devenir 2h), en rigolant bêtement devant un spectacle de Florence Foresti, l’alcool qui monte un peu à la tête et qui pendant quelques heures donne l’impression que tout va bien, que rien ne cloche. Et tant pis si c’est illusoire, sur le moment ça fait du bien de déconnecter un peu de la réalité.

J’ai repensé aux odeurs de gateau aux pommes du dimanche matin-midi, au retour inespéré du soleil, à la première sortie d’un chaton de 15cm de haut, perdu dans des feuilles roses-orangées à peine plus grandes que lui..

La nuit a bientôt habillé les carreaux, à l’exterieur du train tout n’etait plus qu’amas de noir sans étoiles. A l’intérieur par contre, l’ambiance était plus haute en couleurs, bien loin de la quiétude du vendredi qui avait précédé. Un peu partout des enfants jouaient à des jeux de société, pleuraient, ou posaient des questions existentielles à leurs adultes attitrés. « Papi elle vient d’ou la terre ? » (le papi en question a tellement bien su expliquer les choses que je me suis efforcée de tout retenir pour le jour ou la question me sera posée à mon tour).

Tout ça ne correspondait pas vraiment à une ambiance morose de retour de week end. Pour cause, les vacances venaient tout juste de débuter. Tout ces gens avec leur grands sacs et leurs petits monstres ne rentraient pas de week end eux. Ils partaient en vacances.

Je me suis sentie comme dans cette publicité pour le loto pendant un instant. Celle ou toutes les voitures roulent dans un sens sur l’autoroute pendant qu’un seul et unique chanceux l’emprunte en sens inverse.

J’allais à contre-sens moi aussi. Sauf que je n’étais pas la chanceuse de l’histoire.

Le train est entré en gare un peu après 20h. Pour la dernière fois du week-end j’ai réccupéré ma guitare, mon sac à dos et je suis sortie. Devant la gare la voiture de mon frère m’attendait. Retour à la case départ. A la case routine.

J’ai jeté un dernier coup d’œil derrière moi, à ces gens qui pénétraient à l’interieur une valise à la main, un peu envieuse de leur situation. Et puis j’ai reporté mon attention vers la route, à la radio un morceau que je ne connaissais pas égrennait ses premières notes, j’ai aimé, j'ai eu l'impression que cette mélodie un peu pop-rock allait parfaitement avec ce moment, j'ai retenu quelques bribes de mots en anglais, et je me suis promis de le retrouver pour le réécouter... Et puis j’ai repensé à Charlie, mon héros de « Pas raccord » qui commentait toujours ce que lui évoquait la musique passant à la radio...

Ce court moment en voiture a marqué comme un point final à la parenthèse week end (c'est drôle comme parfois le mot « parenthèse » reflète exactement l’idée qu'on veut lui faire incarner. Un moment comme protégé entre deux barrières courbées, immatérielles et invisibles. Sorte d'interlude, de rupture, une escapade face à la routine). J’ai fermé les yeux , j'ai profité de la musique, j’ai mis fin à l'interlude en m'endormant sans m'en rendre compte...

Parenthèse fermée. Jusqu'à la prochaine...



( PS : Après enquete, le morceau de la voiture était ceci : oOo )

Pierre

le 07/09/2009 à 21h32


oOo Music oOo
(Ecouter No moment to spare)

Pierre avait de grands yeux bleus, marqués par de toutes petites rides d'expression sur les côtés.

Pendant longtemps après lui, chaque fois que dans un livre j'ai lu la description d'un personnage aux yeux "rieurs", ce sont indéniablement les siens qui me sont revenus à l'esprit...

* * *

J'avais 8 ans à l'époque depuis pas bien longtemps. Et presque plus de trous dans les dents.
C'était durant la semaine de vacances pour la toussaint, j'étais en CE2, et comme lors de chaques petites vacances, ma mère travaillait, alors avec mon frère on passait quelques jours au centre-aéré.

A l'époque, les vacances d'octobre ne duraient pas plus d'une petite semaine. Pas plus de 5 journées entières au centre donc. D'ordinaire ça me semblait déjà peu. Mais je crois que ça ne m'a jamais semblé aussi court que cette fois là.

Comme lors de chaque retour au centre, il y avait ces visages qu'on retrouve et ceux que l'on découvre parmi le groupe des 7/10 ans. Les copains qu'on revoit avec plaisir, mais aussi les petites teignes qu'on aurait préféré ne pas revoir. Je me souviens notemment de ce fameux Diederick qui m'avait lancé un gros caillou dans l'arrière de la tête durant l'été précédent. Occasionnant alors le seul et unique "trou dans la tête" de ma courte vie.
A l'époque c'était limite une blessure de guerre dont je me vantais à l'école depuis 2 mois ^^

Bon en réalité, ça n'avait rien été de plus qu'une minuscule ouverture de 2 milimètres sur 1,5 mais j'en parlais à qui voulait m'écouter comme d'une entaille par laquelle on avait pu entraperçevoir un os de ma tête qui était ressorti dans un bain de sang (j'avais le souci du détail ^^).

Diederick était là donc. Au côté de quelques autres visages familiers.

Et puis noyés dans la masse de visages connus, regroupés comme pour faire front, ils étaient là. Les "nouveaux"

Ce statut, ils ne le garderaient pas bien longtemps. Aux prochaines vacances, celles de Noël par exemple, ils seraient à leur tour du côté de ceux qui dévisagent la foule à la recherche de visages connus et de nouveaux visages.

Parmi eux, c'est un garçon aux cheveux très bruns au teint légèrement mat, avec des taches de rousseur et de grands yeux bleus qui a retenu mon attention. Ses yeux souriaient sans même qu'il n'ait besoin de sourire avec sa bouche. Ca m'a fait un petit pincement dans le ventre à un endroit pas bien déterminé. Peut être parce que parmi cette foule d'inconnus qui dévisageaient au choix le sol ou le ciel, c'était moi qu'il regardait.

Oh l'échange de regards n'a pas du durer plus de 3 secondes et demie ! Mais à tout juste 8 ans, tout juste remise du gros chagrin de ma grande histoire avec Jeremie le voisin d'à côté, j'étais de nouveau dans ma période "je tombe amoureuse comme on tombe d'une chaise".

Alors ces 3 petites secondes, ça m'a amplement suffit pour décider que j'étais amoureuse.

Pierre parlait tout doucement mais on l'écoutait d'avantage encore que ceux qui criaient. Il avait l'accent du sud. Quand il racontait quelque chose on aurait dit qu'il récitait un passage de "La gloire de mon père".

Après la petite réunion de début de séjour qui marquait chaque nouvelle semaine au centre, la liste des activités était affichée sur un grand tableau blanc. Il n'y avait plus alors qu'à se lever, attendre son tour et aller s'inscrire en notant au marqueur son nom dans la colonne adaptée.

Sans Pierre j'aurais probablement choisi l'activité arts-plastiques ou l'activité cuisine ce jour là. Deux activités très demandées et toujours rapidement prises d'assaut.
Je me serais probablement glissée dès que possible dans la file pour être certaine d'avoir une place.

Mais ce matin là, volontairement j'ai pris mon temps pour me relever, j'ai attendu qu'il s'avance dans la file et je me suis mise derrière lui.

Il a choisi "Atelier bois". Un atelier que je n'avais jamais choisi auparavant. Pas vraiment par manque d'intérêt pour la chose, mais plutôt par intérêt plus prononcé pour les autres activités proposées.
Il m'a tendu le marqueur et je me suis inscrite juste à sa suite dans la liste.

L'atelier bois consistait en l'élaboration de petits sujets de notre choix. Il y avait différents modèles, des avions, des papillons, des étoiles. Il nous suffisait d'attraper une grande planche en bois, de dessiner la forme choisie en décalquant le modèle et de découper ensuite la planche via une machine dont le nom m'échappe, en tournant au fur et a mesure notre oeuvre pour que la machine en découpe chaque contour, chaque relief.

Par mesure de sécurité il fallait être deux pendant la découpe, pour éviter de se prendre des copeaux de bois dans les yeux. Le premier tenait donc la planche fermement contre la table, pendant que l'autre la faisait tourner pour détourer la forme choisie.

Lorsque mon tour est venu de découper mon objet, c'est Pierre (qui venait de faire découper le sien), qui s'est retrouvé à devoir tenir ma planche fermement pour ne pas qu'elle se décolle.

Je crois que sa présence n'est probablement pas étrangere au fait que chez moi, au grenier, aujourd'hui encore on peut trouver dans mes vestiges d'enfance un papillon au découpage imprécis...aux côtés complètement morcelés, un peu à la manière d'un timbre poste.

Je me souviens avoir passé une partie de la matinée ensuite à rigoler avec lui. On s'amusait à se souffler de la sciure de bois au visage.

Durant toute la semaine qui a suivi, je me suis retrouvée avec lui pour chaque activité. On passait l'essentiel de notre temps ensembles. Le midi au refectoire il mangeait toujours à ma table, il m'attendait pour choisir une activité et on décidait ensemble de ce qu'on allait faire. Le midi pendant l'heure qui séparait le repas et la reprise des activités on explorait le centre. Un bout de bois dans chaque main pour s'en servir de canne et éviter de se faire attaquer par des serpents "vénimeux" (^^). On attrapait des tétards dans l'étang qui longeait le complexe, on vérifiait si l'enclos qui entourait les animaux était réellement éléctrifié (et il l'était :s). On discutait de sujets primordiaux à cet âge là : dessins-animés, psychopate caché dans les bois du centre, et autres"Ca ferait quoi si on volait un des oeufs que les poules sont en train de couver pour le ramener chez nous ? Une omelette ou un poussin ?".

Lundi, mardi, mercredi, jeudi ont bien vite été derrière nous...

Sans vraiment s'en rendre compte, et tout en ayant l'impression d'avoir fait des centaines de choses et de se connaître depuis dix ans (bien que je n'en ai que 8 et lui 9 ^^), vendredi était là. Le dernier jour de centre-aéré, de vacances, mais aussi le dernier jour de "se voir".
A l'époque pas d'internet, pas de mails ou d'msn pour garder le contact. A 8 ans vous pouviez vivre dans la même ville que quelqu'un sans ne plus jamais entrer en contact avec lui.

Ecrire des lettres ça ne nous est même pas venu à l'idée...

De toute façon, entre enfants du centre, on se disait simplement "A la prochaine fois ! Aux prochaines vacances ! ". Sans savoir qui serait vraiment là, qui reviendrait, qui ne serait pas de la partie juste pour la prochaine fois, ou qui ne reviendrait plus du tout pour une raison ou une autre.

Lorsque quelqu'un ne venait plus, un peu ingrats, on finissait pas l'oublier. Entre temps de nouveaux copains étaient venus le remplacer.

Cet après-midi là. Ce dernier jour de vacances, il n'y avait pas de choix multiple d'activité. C'était grand jeu de loi pour tout le monde. Le genre de "grands-jeux" que je détestais. Et lui aussi apparement.

La seule façon d'etre exempté de jeu c'était de ne pas pouvoir pratiquer de sport, de ne pas pouvoir courir (il y avait par exemple une fille asmathique parmi nous qui était dispensée de certaines activités) ou bien d'être malade.

Comme ni Pierre ni moi ne pouvions simuler d'asthme, il s'est avéré par un énorme hasard que cet après-midi là j'ai été prise d'un mal de ventre persistant, tandis que sa tête à lui le faisait malheureusement souffrir.

Avec un garçon qui s'était ouvert le pied ce matin là et la fille asthmatique on a donc eu le droit de couper au grand jeu. Une animatrice était dépêchée pour nous surveiller pendant les 2 heures qui nous séparaient du gouter collectif.

Tous ensembles on est donc montés dans la petite bibliothèque du centre qui était également une salle de repos et une salle d'arts-plastiques.

Aux murs il y avait de nombreux dessins réalisés pour nos prédecesseurs ou nos contemporains. Sur des étagères à l'entrée de la pièce étaient entreposés en vrac pochoirs, grands pots de peinture de couleurs variées, éponges imbibées et multicolores, papier crépon, rouleaux de métal, brosses à dents, et autres merveilles.

Au milieu de la pièce il y avait 2 tables en forme de fleurs. Une rouge et une verte.

Au fond, près de la fenêtre, deux étagères à nouveau, remplies de livres et de revues cette fois, et dans le renfoncement d'une de ces étagères, un espace de lecture agrémenté de poufs, d'un grand tapis et de coussins aux formes variées (carré, rond, triangle, coeur, étoile...)

L'animatrice pas forcément dupe de notre manège à Pierre et moi, nous a tous un peu laissé libres de nos activités. Elle s'est assise à l'une des tables avec la fille asthmatique et elles ont fait du collage de gomettes et de la peinture une bonne partie de l'après-midi. Pendant ce temps là, le garçon blessé au pied s'entrainait au yoyo ou au diabolo, je ne m'en souviens pas précisément.

Ce dont je me souviens parfaitement par contre, c'est Pierre et moi, allongés sur le dos sur le tapis du renfoncement bibliothèque. Un pouf chacun sous la tête. Lisant de vieux numéros de d'Astrapi et se battant régulièrement à coup de coussins en forme de ronds ou d'étoiles.

C'était un de ces après-midi d'automne ou il ne fait ni vraiment beau, ni vraiment mauvais. Le ciel se partageait entre soleil et gris. Entre averses et acalmies. Ce qui conférait à la pièce une sorte d'atmosphère particulière, un peu sombre sans vraiment l'être.

C'est la couleur de la pièce dont je me rappelle le mieux c'est drôle...Le jaune qui traversait les nuages épais et venait se déposer en rayons sur le parquet, les vitres tachetées de gouttes... Et Pierre et moi qui lisions, discutions, nous battions.
Moi qui volontairement lui envoyait chaque fois le coussin en forme de coeur, comme pour essayer de faire passer un message de façon très "subtile" ^^

Il y a eu ce court instant, suspendu dans le temps. Au mieu d'une de ces batailles de coussin qui ont émaillé l'après-midi. On était allongés tous les deux face à face, sur le côté, nos visages respectifs cachés et séparés par un coussin qu'on levait à intervalles réguliers juste pour "regarder" l'autre et se marrer. Préparant secrètement notre prochain assaut dans les meilleures conditions...

Il y a eu cet instant ou le coussin est resté levé un peu plus longtemps que les autres fois, ou nos visages étaient si proches que j'ai eu envie d'oser quelque chose. Ou j'ai eu l'impression en regardant ses yeux rieurs qui riaient un peu moins que d'habitude, que lui aussi avait envie d'oser quelque chose.
Cet instant ou il ne s'est rien passé finalement.
Rien d'autre que cette impression et que cette envie restée en suspens...

Après quelques secondes d'hésitation il a détourné le regard et a attrapé le coussin qui était derrière lui pour me l'envoyer dans le ventre.
La bataille reprenait de plus belle.

L'après-midi a filé à une vitesse frisant celle de la lumière...

Et comme tous les plus beaux moments ont une fin. Celui ci n'a pas coupé à la règle.
En fin d'après-midi, il a fallu rejoindre le reste du groupe. Prendre le gouter, se mêler aux autres. Et puis monter dans nos bus respectifs en se disant tout juste au revoir. Rien d'autre qu'un banal "A bientôt ! Aux vacances de noël !"
Rien de fort, de marquant...Rien qui ne soit "à la hauteur" de cet au revoir selon moi.

Mais je n'avais pas osé plus. 

Lorsque mon bus est arrivé devant l'école-relais ou les parents venaient nous chercher, l'animatrice qui était avec nous a annoncé à ma mère que j'avais été un peu malade. Que j'avais mal au ventre.

Et à cet instant précis, ce n'était même plus un mensonge...

*     *     *

Comme toujours, l'école a repris ses droits. Et comme toujours je n'ai pas eu de nouvelles des "copains du centre" jusqu'aux vacances suivantes (excepté bien sur pour ceux qui allaient dans la même école que moi).
Les vacances de noël ont semblé mettre une éternité à arriver. Et cette année là je n'attendais pas juste les cadeaux et le réveillon.

Aux vacances suivantes, j'attendais Pierre.

Mais Pierre n'était pas là.

Il ne s'est pas montré des vacances.
Pas plus qu'aux vacances de février l'année suivante ni à toutes celles qui ont suivi après ça.

Chaque fois, le premier jour de centre, je guettais pendant la réunion de début de séjour parmi les bribes de discussion un accent chantant, une voix douce et posée. Je cherchais du regard des yeux rieurs, un teint mat ou des cheveux bruns.
Mais il n'y était jamais. Et je ne l'ai jamais revu.

Je mentirais en disant que pour lui ça a été différent, et que je ne l'ai pas plus  oublié que tous ceux qui ne revenaient pas.

J'avais 8 ans, et comme le font souvent les enfants, je suis passée à autre chose. Je me suis fait de nouveaux amis, de nouveaux "amoureux de centre-aéré", (même si la finalement, ça avait été autre chose que ça) et en dehors du petit espoir du "premier jour" qui persistait à chaque fois, je n'y ai plus trop pensé à ce Pierre


*         *       *

Et puis...L'autre jour, en ville, en sortant du bus, j'ai eu l'impression de l'apperçevoir.
Ce n'était peut être qu'une impression, ce sont peut être juste ces yeux bleus marqués de deux petites rides d'expression qui m'ont fait douter. Ces cheveux bruns et ce teint mat aussi.

Peut être que ce n'était rien d'autre qu'un inconnu, qu'une furtive ressemblance. Mais pendant le bref instant ou son regard a croisé le mien (probablement par curiosité de se voir ainsi dévisagé ) j'ai ressenti à peu de chose prêt la même chose que ce lundi matin d'octobre lors de la réunion de début de séjour, lorsque je l'avais aperçu pour la première fois.
Tout est remonté d'un coup et je me suis sentie vraiment drôle pendant un moment...

Puis le jeune homme en question est monté dans le bus dont je venais de descendre, et il a disparu.
Un peu comme la dernière fois... Même si je ne saurais probablement jamais si c'était vraiment lui...

Je me dis que parfois la vie est une succession de rendez vous manqués.

Et je me dis aussi que par cet après-midi d'octobre 1994, dans la bibliothèque du centre-aéré, entre coussins et chamailleries, j'aurais peut être du oser, tout simplement.

Summer End

le 30/08/2009 à 00h30


oOo Music oOo

L'été referme ses portes, doucement, sur la pointe des pieds.

Il a commencé par une étrange similarité avec l'automne et l'hiver qui lui avaient précédé. Une grisaille persistante, une pluie constante. Des flaques, partout des flaques.
Le moral au moyen fixe, les idées floues, le vague à l'âme. Une envie innassouvie de clarté, de se réveiller chaque matin sous un soleil éclatant.

Déçue à chaque fois.

Ni heureuse, ni malheureuse de cette absence de couleurs...Juste un calme plat dans ma tête...Aller d'un jour à l'autre sans se poser de questions...C'était mieux en fin de compte, pour ravaler la déception, oublier que cet été n'était finalement pas à la hauteur...

Et puis il y a eu, heureusement, pour contraster, ces longues heures, la tête collée aux vitres claires de quelques trains. Un soleil radieux enfin présent. Juste au bon moment. Du jour du départ à celui du retour. Pas un de plus c'est vrai, mais juste ce qu'il fallait.

Il y a eu ces éoliennes qui semblaient brasser du nuage à tour de bras, il y a eu les étendues d'herbe et de buissons qui se confondaient en nuances tachetées sous mes yeux. Noyées dans la vitesse au point d'évoquer soudain un tableau de Monnet.

Il y a eu des jolis moments...Ces soirées à regarder les étoiles dans le noir, un chocolat chaud entre les mains pour contraster avec la fraicheur extérieure, ces chammalows grillés au barbecue qui fondaient instantanément dans la bouche, ces heures à parler de la vie et de l'après vie, à manger des bananes grillées au chocolat avec 1 bougie d'anniversaire sur chacune. S'endormir instantanément, de fatigue, après avoir dévoré de vieux Mickey Parade, prendre le train un dimanche matin sur un coup de tête, sur une envie, pour aller à la mer, s'endormir, la même musique dans les oreilles, sur la plage et se réveiller avec du sable sur la joue et un début de coup de soleil.

Passer son temps à trimballer sacs et guitare partout. Devoir réaccorder cette dernière à chaque nouvelle destination, comme pour se mettre au diapason du nouveau lieu à deux.

Il y a eu des découvertes, des confirmations, des rencontres, des doutes,des hésitations, des rires,de la musique à plusieurs, de la complicité,des hésitations encore...
Pas toujours facile d'être vraiment soi même.

Il y a eu le soleil, les étoiles, et la mer...La fraicheur sur les bras nus, les couchers de soleil...
Une bien belle carte postale finalement.

Et puis voila, comme une promesse qu'on aurait aimé ne pas voir tenue, septembre est de retour. Apportant avec lui, comme chaque année, son lot de nouveautés, de renouveau, d'attentes...Un nouveau job en perspective, un départ à l'autre bout du monde plus que jamais d'actualité, et puis quoi d'autre...

A l'aube de ce nouvel automne, de ce nouvel hiver, je ne saurais pas dire si je vais mieux qu'il y a huit mois. Si j'ai passé un cap et si je suis prête à continuer à avancer.
Si j'ai un peu moins souvent le vertige qu'avant...
Mais j'avance avec moins d'hésitations, avec de moins en moins mal au coeur... Parfois ça pince encore un peu, comme un point de côté qui remonterait sans prévenir. Parfois les yeux sont humides sans raison et les vannes se vident un peu...
Parfois...

Dire qu'autrefois je n'étais pas capable de distinguer ma saison préférée parmi les 4...Aujourd'hui je crois qu'il n'y a plus photo... L'été à ce petit supplément d'âme, cet indéfinissable charme (8) qui fait la différence pour moi...

La parenthèse de répit, d'oubli, de sourires et d'été, n'aura duré qu'une dizaine de jours finalement. Je ne sais pas si c'est assez pour affronter les mois qui s'annoncent. Si c'est assez pour conserver un peu de l'optimisme dont je vais avoir besoin pour tenir jusqu'au printemps l'année prochaine...

Pour l'instant, en tout cas, ça à l'air de suffir :)

I'm movin' on

le 23/07/2009 à 00h50


oOo Music oOo

Ca vous est déja arrivé d'avoir beaucoup trop de choses en tête ? De sentir votre esprit opressé, qui étouffe de trop d'idées, de frustrations et de projets figés, comme en suspension dans le temps ? De vous sentir perpetuellement dans l'attente de quelque chose d'imprécis qui ne se produit jamais...Qui reste en surface, un peu comme des bulles de champagnes coincées dans le haut d'une coupe un soir de 1er de l'an ?
D'avoir tellement de choses qui s'accumulent à l'intérieur,  que vous vous sentez constamment sur le point de déborder, sans que la moindre petite étincelle ne soit fichue de sortir de là ?

J'ai l'impression de vivre sans arrêt dans cet état latent...
D'être un peu comme un verre rempli à rabord et qu'il suffirait que quelqu'un ou quelque chose le frole pour le voir se déverser de tout son contenu...
Un état difficile à expliquer par de simples mots...

Et c'est drôle, parce que quelque part ma vie étant remplie de vides et d'absences, je devrais plutôt naviguer en plein désert.

Pourtant je me sens toujours trop pleine de choses en trop. Comme si à force de brasser du vide il se matérialisait en moi, un peu à l'image d'une bulle qui se remplirait de rien mais occuperait à elle seule toute la place disponible.

Je vis sur une éternelle frustration, je me fixe des objectifs que je ne prends pas la peine d'atteindre, je me contiens trop, les mains parfois tremblantes de tout ce que je ne fais pas, de tout ce que je n'ose pas, de toute cette lâcheté emmagasinée en moi.

Alors j'écris, j'écris ma vie pour me donner l'impression qu'il y a quelque chose, pour déverser un peu de ce trop plein qui me remplit. Mais la vérité c'est qu'une fois ce flot d'impressions déversé sur mon écran, mon cahier, mon morceau de feuille déchiré, tout ce trop plein reprend sa place. C'est comme appuyer sans fin sur une boite pleine pour y faire entrer un objet qui n'était pas là auparavant. On a beau y aller de toutes nos forces, la contenance de la boite ne va pas miraculeusement changer parce qu'on a écrit sur un bout de papier une partie de ce qu'elle contenait...

Alors je m'accomode de ce trop plein...
Jusqu'à parvenir à ignorer son existence la plupart du temps.

Mais parfois, lorsque je suis dehors le plus souvent, ou bien la nuit très tard...En tout cas lorsque je suis seule quelque part, et que dans un accord parfait le vent se lève ou/et la musique monte crescendo, mon coeur s'emballe au point que ma respiration devienne saccadée. Alors,tout s'accélère, tout se réveille à l'intérieur. J'ai la chair de poule, je frissonne et je tremble. On me prendrait peut être pour une folle si quelqu'un passait par là, peut être même à raison, mais c'est dans ces instants que je ressens les plus fortes émotions, les plus intenses...
Je ferme alors les yeux et  dans ces instants enfin je la sens sur le point d'éclater au grand jour cette fameuse bulle. Je me sens enfin capable de m'en débarasser dans un cri ou un geste excessif. Et ça monte, ça monte si fort, en accord la musique que j'en ai les larmes aux yeux presque à chaque fois...

Je voudrais que ces moments ephemeres ou je me sens réellement vivante durent toujours...
Ces instants où je crois possible de me débarasser de ce trop plein..Quand tout me semble soudainement "à sa place" et que je me sens enfin capable de repousser les murs de la forteresse dans laquelle je me suis moi même enfermée avec le temps.

Parce que le plus souvent, malgré l'envie qui me dévore, je ne crie pas, je ne frappe pas dans le vide...Je ne fais rien.
Je ravale tout.

Mon impulsion va mourrir dans le dernier accord de la chanson, et je déglutis tout ce silence innatendu, comme la gorgée d'un aliment que je n'aimerais pas vraiment mais que je me forcerait à avaler pour une raison inconnue. Je ravale cette frustration et elle disparait en un instant.

Tout ce que je ne fais pas, tout ce que je n'ose pas accomplir dans ma vie, est contenu dans cette bulle. Tout ce que je n'ose pas dire, que je n'ose pas affronter, toute la timidité, les ambitions de carrière irréalistes, la lâcheté, tout se trouve là dedans.

Et tant que je n'arriverais pas à me débarasser de ça une bonne fois pour toute. Je serais incapable d'agir...
Incapable de réaliser le moindre de mes rêves.
Je n'irais que d'un point A à un point B de mon existence, en suivant une ligne tracée d'avance, sans virages, sans embardées, sans petits coups sur l'accélérateur.

Et je ne veux pas de ça...Je ne veux pas simplement survivre et traverser cette vie comme simple témoin des évênements, des exploits des autres, des consécrations de leurs propres rêves, je veux vivre ces choses par moi même. Excessivement,entièrement, follement, déraisonnablement.
Pouvoir vibrer, voyager, m'émouvoir, réaliser, accomplir, rêver...

Je dois pour ça réussir à briser ce mur devant moi, me sortir de toute cette lacheté, perdre cette manie que j'ai de parler avant d'agir et de ne m'en tenir qu'à ces belles paroles...

J'imagine que c'est pour ça qu'inlassablement, je pousse la musique à fond, j'attends que le vent se lève, je provoque l'adrénaline..Et j'attends...J'attends que ça monte...

Dans ma bulle...

Coup de poing par coup de poing, ça va bien finir par passer.

* 

"I've dealt with my ghosts and I've faced all my demons
Finally content with a past I regret
I've found you find strength in your moments of weakness
For once I'm at peace with myself
I've been burdened with blame, trapped in the past for too long
I'm movin' on"

*