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Ce soir la, une sorte de voile glacial épousait les lumières de la ville à la perfection...J'avais les yeux qui pleuraient tout seuls et des mains bleuies par le froid, bien calées au fond de mes poches.
Je me rappelle encore précisément du moment ou cette photo a été prise...
Ce qui me frappe encore aujourd'hui c'est la netteté de cette image...
Si on s'attache à bien regarder, on distingue même ces endroits un peu effacés de la rambarde en métal, là ou tant de mains avaient du se poser avant les notres pour admirer la magie...
Quand je me replonge dans cette pénombre colorée, j'ai l'impression d'être à nouveau sur ce ponton de bois, face à une baie new yorkaise pleine de promesses, le vent glacé, la nuque coincée même sans le moindre torticolis, admirative et ébahie à la fois...
Heureuse et glacée...Je crois que c'est simplement comme ça qu'on pouvait résumer mon état ce soir de 19 février 2008...
Des images remontent doucement...La patinoire animée du Rockfeller Center, le doux «What a wonderful world» en fond sonore pour accompagner ces quelques silhouettes filant sur la glace, les calèches devant Central Park, les taxis jaunes ponctuant les routes de petits points de lumière, les publicités larges et claires innondant Time Square...
Souvent un endroit est décrit d'une façon complètement étonnante et belle dans les films et déçoit dans la réalité. Les rares fois ou j'ai visité Paris, j'ai été déçue par cette ville...Le gris, le béton, la pollution, les gens tristes, les visages fermés et le manque d'ouverture...
L'absence de réelle beauté qui marque et donne envie de revenir...
New York c'était tout l'inverse...Une ville qui tient ses promesses, une ville si belle que les images, les films et les chansons ne l'embellissent même pas, ne la subliment pas...Ils se contentent de refléter cette réalité qui frappe au visage dès l'instant ou vos pieds se posent sur ce sol.
Un sol qui en lui même est déjà particulier...Gris clair,fissuré mais solide, un sol qui a tellement vécu mais qui pourtant tient toujours...Et simplement du fait de le fouler à votre tour, vous vous sentez solidement fixé au monde..Vous vous sentez vivants...
Il paraît que beaucoup de ceux qui ont connu cette ville furtivement en sont tombés amoureux et n'ont jamais pu l'oublier...Parfois un peu bêtement je me surprend à repenser à New York comme on repense à quelqu'un qui nous manque...
L'atmosphère toute entière de cet endroit me revient alors, et même si je n'ai été qu'une furtive habitante de ce monde, je ressens ce vide idiot impossible à combler...Comme dit si bien la chanson "New York is a woman she'll make you cry, and to her you're just another guy" (à simplement transposer au masculin^^)
Alors défaut de retourner là bas matériellement, j'y reviens en pensée...
Je me souviens m'être dit, quand je marchais dans ces rues, quand je pénetrais dans ces boutiques ou ces restaurants à la mode, quand j'écoutais ces gens parler dans toutes les langues du monde,que New York n'appartenait à personne et pourtant vous donnait l'impression de n'être la que pour vous...
La bas, on ne sent pas en territoire américain, on ne se sent pas intrus chez quelqu'un d'autre, on se sent simplement partie intégrante d'un endroit qui pourrait être à soi, la cabane secrète qu'on se construit au fond du jardin, ce monde qu'on s'invente quand on a 10 ans et qui n'existe alors que dans nos rêves...
Et juste, on se sent simple membre modeste de cet univers qui file à 2000 à l'heure, on est happés par cette énergie ambiante, noyés sous ces lumières qui défilent, on a le vertige, on a le ventre noué, on est heureux et paumé à la fois...On lève la tête vers un ciel a qui la pénombre est presque interdite, et on se sent tout petit, minuscule...C'est juste magique et indescriptible...
Le moment ou cette photo a été prise donc...
Il ne devait pas être plus de 21h30 mais la nuit et le froid avaient déjà recouvert la Big Apple depuis 3 bonnes heures, il faisait 1 ou 2 degrés à l'extérieur,pas plus, et le mini van qui nous menait à travers les enchevêtrements d'avenues venait de dépasser le pont de Brooklyn.
Le guide, a la carrure imposante, la quarantaine, cheveux grisonnants, ce petit air de Samuel L Jackson, la voix chaude et réconfortante continuait de nous déclamer la beauté de cet endroit dont il se sentait lui aussi membre à part entière...Nous décrivait ses petites habitudes, son marchand de Hot Dog préféré à l'angle de la 36ème avenue, la grande parade de noël annuelle sur la 34eme, avec le «vrai père noel» comme dans le film «Miracle sur la 34eme rue»...
Les yeux collés au carreau, je buvais ses paroles...
On avait déjà pris du retard sur les visites, et Ground Zero, témoin vide du drame du 11 septembre nous attendait. Le building duquel nous devions «admirer la vue» fermant dès 22h il ne fallait pas trainer...
Samuel (^^) nous a indiqué alors qu'on roulait doucement le long de la rivière que la Statue de la Liberté était «un tout petit peu» visible de là ou nous étions, mais qu'on n'avait malheureusement pas le temps de s'arrêter pour la voir.
Une sorte de murmure de protestation s'est alors élevé dans tout le mini van qui nous menait à travers la ville. Il a baissé son micro et nous a regardé avec un petit sourire l'air de dire « On ne va quand même pas prendre du retard sur le retard ! ».
Nos visages suppliants lui indiquaient que si, alors il a cédé en lançant dans le micro un «Okaay, okaay» vraiment très américain pour le coup.
Il nous a indiqué qu'on avait une minute et pas une de plus pour descendre, regarder, prendre des photos et remonter...
Tout le monde est descendu en courant dans une joyeuse mêlée et on s'est précipités vers cette rambarde.
Mes mains se sont posées pas très loin de l'endroit ou cette photo a été prise. Sur notre droite , au loin, un minuscule point lumineux à peine visible...C'était la flamme de la Statue de la liberté...Minuscule, comme moi un peu plus tôt sous ce ciel New Yorkais...
Le froid n'existe plus dans un moment comme ça, on ne sent plus le vent qui redouble d'intensité, on ne sent pas la douleur qui engourdit les mains collées au métal gelé...Non...On se laisse simplement remplir par la grandeur de cette étendue immense et lumineuse, on se laisse avaler tout cru par New York, par les sirènes qui grondent au loin comme dans un intermede de série policière, et on oublie tout...
La seule chose dont je me suis rappellée à cet instant précis c'est ce gros classeur marron rempli de timbres que mon père m'avait donné l'été de mes 8 ans alors que je passais des vacances dans le sud et que je m'étais plains de m'ennuyer. Je me suis remémoré la courte décision de collectionner les timbres qui avait suivi et j'ai revu ce timbre un peu écorné représentant la Statue de la liberté que j'avais longtemps laissé collé sur la dernière page...A l'époque je pensais que c'était un personnage de dessin animé et je cherchais d'ou ça pouvait venir...
Entre temps j'ai bien sur appris que c'était une réalité et non un personnage, j'ai commencé a aimer cette réalité qui paradoxalement avec le temps est devenu un rêve...
Et presque 15 ans après, pour la première fois, j'avais cette réalité sous les yeux...Bon en «tout petit bien sur» (cf Titanic ^^), mais quand même...
Ce soir là j'ai réalisé un rêve d'enfant, et la douleur dans mes mains frigorifiées contre la rambarde c'était bien peu face à ça. J'étais heureuse.
Heureuse et gelée.


Commentaires
Par liz le 03/08/2008 à 01h24
Il est beau ce texte...
New York n'est pas la ville qui m'attire, mais je connais ce sentiment aussi. Etre tellement en accord avec un lieu qu'on se demande s'il n'est pas là pour nous ^^ trouver une ambiance dans des images, des couleurs, des lumières, des mots attrapés ça et là, dans tout ce qui nous entoure.
S'y sentir chez soi alors qu'on vient de si loin...
Tu retourneras à New York, j'en suis sûre. =)
(hum, terrible comme une même musique nous inspire des choses différentes, faut dire aussi que je m'attache rarement aux paroles ^^ )
bises
Par Clo le 19/07/2008 à 21h11
De passage sur ton blog.
En fait, voilà presque 1ans et demi que je te lis comme ça caché derrière mon ordinateur.
Je n'avais jamais osé mettre un commentaire, je ne sais pas bizarrement c'était comme " rentrer de force dans ton univers ".
Mais voilà je laisse ( enfin ) ma trace dans ce magnifique blog.
Je crois que tu es un des rares blogs
de skyblog à m'avoir touchés dès le début.
En fait je t'ai découverte grâce à skyblog et à "evan-online".
Mais ça c'était bien après que tu soit devenue blog stars.
Et puis tes mots m'ont touchés comme ils touchent beaucoup d'autres personnes.
C'est touchant parce que c'est très sincère ou du moins ça l'y parait !
Toujours les belles phrases, les beaux souvenirs et les belles musiques.
Pour venir à l'article c'est marrant mais, je pense pareil que toi au sujet de Paris.
Cette ville me parait froide.
Personnellement je ne suis jamais allée à New York donc je ne sais pas si s'est comme cela aussi que je verrais ce pays :p.
Enfin voilà j'avais envie de le marquer pour que tu saches que je te lis même si ça changera surement pas ta vie ^^.
A bientôt peut être ...
Always and forever
Par awalktoremember le 18/07/2008 à 20h55
Encore moi!
J'ai été tres touchée par ton com pour mon dernier article. Heureuse qu'il t'es plus, parce que tu l'as attendu toi aussi cet article mdr!
Vu ta derniere phrase, jme pose une question: il t'avait pas plus mon article sur toi? fantnew
Always and forever
Par awalktoremember le 18/07/2008 à 17h55
Ben dis donc, jl'ai attendu cet articel
Mais ca en valait la peine. comme toujours, tes mots sont magiques et me transportent là où tu veux aller. j'avais l'impression d'être avec toi, dans ce van, accoudée a cette barriere. Tellement, que je suis littéralement congelée mdr. C'est pas des blagues!
Superbe photo également! T'y retourneras, mon petit doigt me l'a dit, et cette fois, prends moi dans tes valises 03 Ce sera toujours mieux que le poster de PEter Pan pour te souvenir de moi 03 03 Biz
Par Maï le 18/07/2008 à 11h57
Wouaw, tout simplement ! Le texte, la photo, tout est beau !
J'aimerai bien aller à NY aussi, errer dans Central Park, manger un hot dog au coin de la 36ème avenue,...
T'y retourneras à NY !
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