Je suis sortie de chez moi en t-shirt, sans un pull ou un manteau...
Inconsciente peut être.
En effet, l'automne, un peu joueur, ne m'avait pas prévenue que durant la nuit il avait finalement pris la place qui lui revient.
Il ne m'avait pas avertie que d'une aube à l'autre, cet été finissant mais encore bien tiède des jours précédents, avait finalement laissé la place à la réalité saisonnière...
Bon, j'aurai du m'en douter, c'est vrai...
Fidèle à lui même donc monsieur l'Automne...Sans forcément décider de se montrer un 21 septembre comme le veut pourtant la coutume était là, avec quelques jours de retard.
Un frisson qui prend de bas en haut, une chair de poule qui picote doucement les avant bras et quelques gouttes d'une pluie fine qui tombe lentement ont achevé de faire passer l'information, et puis cette sensation de froid qui remonte vivement et fait un peu tourner la tête...Pas d'erreur possible...
J'ai baissé la tête, et, comme une confirmation, une fine étendue de feuilles jaunes avait recouvert le bord des trottoirs...Encore peu nombreuses en ce début octobre certes, mais déja foulées et écrasées par l'emprunte humide et pressée des passants qui étaient passés par là avant moi...
En relevant la tête, je me suis surprise à remarquer que la plupart des gens avançaient penchés en avant, comme poussés par un vent pourtant assez faible...
Comme si l'automne courbait peu à peu les dos et faisait ployer les échines à l'image des branches des arbres se dénudant dans le même temps...
J'ai néamoins constaté rassurée que personne ne semblait perdre de feuilles...
J'ai continué à marcher, les mains dans les poches, frissonnant un peu trop, claquant légèrement des dents...
La saison en question étant bien sur reine des paradoxes, un léger rayon de soleil filtrait à travers l'allée d'arbres embrassant toute la rue, un rayon plutôt faible, jaune-orangé, qui allait mourir immédiatement dans les flaques d'eau qui parsemaient le sol tout en formant de minis arc en ciels...Un soleil noyé, un soleil malade comme dirait Grand Corps...Malade^^ donc, mais un soleil bien présent, unique survivant...
J'ai croisé mes bras,frissonnant de plus en plus, et penchée comme les autres, sans bien savoir pourquoi d'ailleurs, j'ai avancé contre un vent inexistant, trainant moi aussi des pieds dans ces feuilles à peine tombées.
Tout en savourant ces quelques notes de Yiruma dans mon baladeur, j'ai senti s'enclencher ce petit mécanisme inhérent à chaque saison...Cette clef qu'on entre doucement dans la bonne serrure, qui ouvre la bonne porte, au bon moment...Et qui fait qu'à un moment précis, on ressent les choses comme étant exactement à leur place...
Je n'avais pas envie d'être en automne durant les dernières semaines...Guettant avec une nostalgie inquiète les derniers jours de beau temps, de chaleur estivale...
Et puis, sans prévenir, mon esprit (quand même bien fichu) s'est retrouvé plutôt content du déroulement des choses...Je me suis mise à penser aux mois à venir...A ces soirs ou on rentre dans l'obscurité, en habillant le froid dune fumée claire qui nous vient de l'intérieur et qu'on souffle au rythme de nos pas, en se frottant les mains pour les réchauffer...Je me suis imaginée de retour chez moi, attrapant une bonne grosse couverture et un bouquin, dégustant des mikados au chocolat blanc et buvant un bon chocolat chaud...
J'ai pensé à ces couchers de soleil multicolores à venir, quand le soleil faible d'automne vient s'endormir sur les écorces d'arbres vides qui respirent le temps de quelques mois leur liberté retrouvée...
Le piano, cet air ambiant un peu frais, et la chair de poule qui m'avait pris depuis que j'étais sortie m'ont tout à coup fait me sentir indescriptiblement bien...C'était complètement éphémère...Comme ce souffle d'hiver qui disparait bien vite dans l'atmosphère, mais c'était agréable...
De ce type de sensations qu'on ne ressent que rarement, cette sorte d'adrénaline, de montée de bien être qui vient lentement à l'évocation d'une période, d'un moment ou d'une sensation à venir qui nous fait envie...Une sorte de petite hâte furtive qui disparait bien vite...
Sans se presser, doucement mais surement, entre fines gouttes de pluie et feuilles échouées au sol, l'automne s'est amené pas à pas, avant de se faire un peu piétiner par les notres...
Et pour une fois j'ai eu l'impression qu'il avait simplement attendu que je sois prête...





