L'approche du mois de juin a toujours eu un effet particulier dans l'atmosphère ambiante ...
On vient de sortir de la grisaille hivernale et des premières promesses printanières, et émergent peu à peu ces sensations remplies d'odeurs, cette impression de se sentir à nouveau vivants...
Il en faut peu pour que le processus s'enclenche...Une sorte de mélange bleu clair et ensoleillé au gout de terre battue un peu friable échappée de Roland Garros, une saveur un peu sucrée des premières fraises vraiment juteuses de l'année...Le tout mêlé à une sorte de nostalgie et une sorte d'interrogation ambiante qui bercent les rêves de milliers d'inquiets...
Si une année telle qu'on la connait dans les calendriers prend son début aux bonnes résolutions du 1er de l'an et se termine à coup de coupes de champagne le soir du 31 décembre, l'année qui nous concerne vraiment jusqu'à un certain âge est celle qui voit sa fin aux alentours de mai/juin...Période un peu trouble ou chacun remet en question ce qu'il est vraiment, ce qu'il veut devenir, observe autour de lui pour distinguer qui partage encore son monde, et qui le partagera toujours aux premiers jours de septembre...
C'est une période remplie d'interrogations qui font mal à la tête à force de n'apporter aucunes réponses...Une période de choix qui ne semblent pas forcément être les bons...Même quand c'est quelque chose qu'on a toujours su vouloir faire...
Chaque mois de juin voit ses élèves perdus et nostalgique à l'idée de laisser le lycée derrière eux, voit ses élèves de fac qui sortent d'une année catastrophique et se demandent de quoi demain sera fait, voit ses jeunes diplomés pleins d'envies mais pas certains de réussir à les concrétiser...
Cette année je me sens spectatrice de cette atmosphère pour une fois...Ni vraiment entrée dans le monde des adultes qui vivent de janvier à décembre...Ni vraiment encore dans ce cycle de l'enfance/adolescence ou l'année prend fin ici et maintenant...Quand on ne vit plus qu'avec la boule au ventre de quitter certaines personnes, ou avec cette même boule remplie d'appréhension à l'idée de ce qui arrive droit devant...
Je vais vivre une année sans réels enjeux et paradoxalement elle me semble plus ouverte en perspectives que l'ont été toutes ces autres années programmées, formatées depuis toujours.
J'ai déja une petite idée de quoi sera faite l'année qui suivra celle ci, mais en attendant je vais me prendre un petit luxe dans ce cycle installé de vie normale...Une sorte d'année sabbatique (dans sa version ou je travaille un peu pour payer mon logis quand même ^^), une rupture dans ma course après l'avenir certain (le fameux et si peu connu ennemi de l'avenir incertain). Je vais me donner le temps de devenir ce que je veux vraiment être.
Je pense à tous ces mois de juin ou on a essayé de me faire croire qu'ils marquaient un pallier important et que rater ne serait-ce qu'une marche de l'escalier me serait fatal pour l'avenir...
Je regarde en arrière, je peux encore ressentir les restes de toutes ces boules au ventre, de ces moments ou je me rongeais d'inquiétude à l'idée de ne pas aller assez vite, de ne pas trouver ma voie à temps, et je prends conscience que c'était une belle erreur d'y croire.
Rien n'est décidé, rien ne bloque un avenir, jamais.
Aucun mois de juin, aucun examen, aucune erreur d'orientation n'ont le pouvoir de fermer des portes.Et si c'est le cas il reste toujours les fenêtres.Et si les fenêtres sont fermées aussi il faut continuer à avancer jusqu'à la prochaine maison.
Cette année je regarde autour de moi, et je vois ces bacheliers, étudiants, employés qui se trouvent à un carrefour de leur vie. Ces gens qui hésitent, sont inquiets, anxieux ou au contraire remplis d'attentes, ces gens qui ont un peu peur de ce qui va venir. Et j'ai envie de leur dire qu'on leur ment au sujet de ces fameuses histoires d'avenir, ces palliers, qu'on peut les sauter deux par deux, en passer quelques uns, revenir en arrière et recommencer, et surtout qu'on peut monter à son rythme...
Pour ma part je mets ma petite marche à moi sur le bouton pause, et je vais partir voir un peu sur les côtés, histoire d'apprécier enfin le paysage et de profiter de toutes ces choses qu'on rate quand en fin de compte on ne pense qu'à se construire un futur digne de ce nom,quand au final on perd beaucoup de l'intérêt sa vie à ne vouloir que la gagner.
"Chaque projet n'est qu'un brouillon de notre avenir. Et il faut parfois à l'avenir beaucoup de brouillons pour prendre l'allure qui nous convient."
Jules Renard




